« Le jour d’avant » – Sorj Chalandon – Grasset

« Joseph, serré tout contre moi. Lui sur le porte-bagages, jambes écartées par les sacoches comme un cow-boy de rodéo. Moi penché sur le guidon, main droite agaçant la poignée d’accélération. Il était bras en l’air. Il chantait fort. Des chansons à lui, sans paroles ni musique, des mots de travers que la bière lui soufflait.

Les hurlements de notre moteur réveillaient la ville endormie.

Mon frère a crié.

-C’est comme ça la vie !

Jamais je n’avais été aussi fier. »

J’ai lu auparavant 3 romans de Sorj Chalandon, tous des coups de cœur, et celui-ci ne déroge pas à ce fait. Avec cette histoire inspirée d’un événement authentique, une fois encore Sorj Chalandon de son écriture sobre nous fait entendre sa voix et nous raconte à sa façon une histoire tragique.

C’est celle de Michel Flavent/ Delanet, fils de paysan et petit frère de mineur, ce Joseph, Jojo, adoré, admiré, mort brûlé après d’atroces souffrances et une longue agonie à l’hôpital. C’est l’histoire d’un homme brisé par la perte, fou d’une colère rentrée, sourde, lui qui après la perte de son frère tant aimé voit son père se pendre et sa mère mourir. C’est une longue suite de chagrins, car il perd aussi Cécile atteinte d’un cancer, la femme de sa vie, son havre, son réconfort; mais qui pourtant n’arrivera pas à l’extirper de son désir de vengeance contre les responsables de ces morts de la mine et en particulier contre Lucien Dravelle, le porion ( familièrement le maître mineur ). On est à Liévin, en 1974.

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 Dans les deux premiers tiers de ce livre qui se lit comme un suspense, on suit cet homme déjà grisonnant, veuf et orphelin de toute sa famille. On a son histoire, celle du drame qui endeuille toute la population, celle de Jojo, et puis lui encore, Michel le survivant qui dans un box établit une sorte de musée du souvenir morbide, accumulant des images, des articles, des vêtements, et mettant en place son sinistre projet de vengeance. Je n’en dis pas plus car il y a un véritable retournement de point de vue quand Michel est arrêté par la police. Le héros bien improbable va soudain être regardé autrement, quand la véritable histoire de sa vie va être mise à jour. Et on se dit que la douleur peut enfermer n’importe qui dans une sorte de piège dont il est impossible de s’extirper. Et qu’un drame peut en générer un autre.

 Ici va intervenir le personnage que j’ai le plus aimé dans ce livre – a égalité avec Jojo – , l’avocate Aude Boulfroy, aimée pour son intelligence, sa finesse, son humanité et sa force aussi. Peut-être aussi parce que cette jeune femme qui rappelle Cécile à Michel va faire un plaidoyer bouleversant. Tout autant que celui que nous écrit ici le très talentueux Sorj Chalandon car il n’y a pas de complaisance, mais de la compassion, et chaque chose comme chaque mot et chaque sentiment est à la juste place et à la juste mesure.

Pour moi, les plus belles pages ont été celles qui parlent de Jojo et de sa relation avec son petit frère Michel, cette tendresse, cette connivence et cet amour indéfectible entre deux frères, puis le chagrin inconsolable, la blessure qui toujours reste béante quand on perd ainsi et si jeune un frère et la vie en lambeaux qu’on se traîne, comme Michel le fait. Et comme l’a fait son père, qui avant de se pendre laissera une lettre ( qui sera d’une très haute importance plus tard) :

« Venge nous de la mine »

Ce père paysan, tellement effrayé par le choix de Joseph de devenir mineur, car il sait, ce père doux et attentif, il sait que la mine est une ogresse qui mangera son enfant:

« Tu sais quoi ?  disait mon père. Tu n’iras pas au charbon, tu iras au chagrin. Même si tu ne meurs pas. Même si tu survis à la poussière, aux galeries mal étayées, à la berline qui déraille, à la violence su marteau-piqueur, à la passerelle glacée quand tu reviens au jour. Même si tu prends ta retraite sur tes deux jambes, tu ramèneras cette saloperie de charbon avec toi. Tu auras laissé du cœur au fond. Tu seras silicosé, Joseph. Tes poumons seront bons à jeter dans la cuisinière pour allumer du feu. Tu seras empoisonné. Tu seras à moitié sourd, à moitié mort. »

Les premières pages du livre sont pleines de la vie des deux frères, leur goût pour Steeve McQueen et le film « Le Mans », Jojo qui laisse Michel entretenir sa mobylette :

« À vingt-sept ans, mon frère avait aussi abandonné son vieux vélo pour le cyclomoteur.

-La Rolls des gens honnêtes , disait-il aussi.

Contre une pièce de monnaie, je frottais les chromes, j’enlevais la boue qui piquetait les fourches, j’essuyais les phares, je graissais le pédalier. J’avais le droit de ranger les outils sous la selle. Tout le monde l’appelait « la Bleue ». mon frère l’avait baptisée la Gulf, comme la Porsche 917 conduite par Steeve McQueen dans Le Mans, un film que Jojo m’avait emmené voir en français au Majestic.

Steeve McQueen jouait le pilote automobile Michael Delaney.

-Chez nous, Michael Delaney se dit Michel Delanet, m’avait expliqué mon frère.

J’étais sidéré. Delanet et moi avions le même prénom. »

Un très beau livre dont je ressors la colère ravivée et très très émue, une très belle écriture qui rend hommage à toutes les victimes de la mine et plus globalement à mon avis à toutes les victimes du travail quand la hiérarchie néglige son devoir d’assurer la sécurité aux travailleurs qui l’enrichissent.

Vous trouverez un lien au début de l’article, une archive INA et ma parole, impossible de ne pas pleurer et de ne pas être en colère. Cécile fait écouter cette chanson à Michel

http://www.jukebox.fr/jacques-brel/clip,jojo,r88vu.html

 

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« Le charme des sirènes » – Gianni Biondillo – Métailié Noir/ Bibliothèque italienne, traduit par Serge Quadruppani

« Quoique le mois de septembre fût bien avancé, le rapport entre l’interaction gravitationnelle et le transfert forcé de masses d’air ascensionnelles continuait à avoir une hauteur géopotentielle tout à fait considérable. C’était dû non pas tant à la présence d’une zone de haute pression d’origine océanique subtropicale…[…] En somme, quoiqu’un peu ancienne une phrase résumait bien les faits: c’était une foutue nuit de fin d’été où même immobile on suait comme un cochon dans sa porcherie. »

Et il n’en faut pas plus pour me faire entrer dans ce Milan accablé de chaleur lourde et dans la vie de ces personnages auxquels pour certains on s’attache instantanément. Comme j’ai aimé Ferraro, Mimmo, et puis Oreste le clochard et la petite Aïcha, et même certains autres, avec leurs défauts qui les font si humains et proches de nous.

Nous sommes donc à Milan où se prépare un défilé du couturier Varaldi, quelque peu en perte de vitesse sur le marché de la haute couture italienne. Mais une top model est tuée au fusil à lunette pendant la présentation. Le commissaire Michele Ferraro devra mener l’enquête dans un milieu tout à l’opposé de celui de ses origines populaires. Et ce qu’il va découvrir au fil de son enquête va le conforter dans sa détestation de cet univers où règne la corruption sous le vernis de surface.

Non pas que son milieu baigne dans une pure légalité et zéro vice, vous imaginez bien que non, on y trouve des voyous, des trafiquants, des voleurs, mais l’esprit n’est pas le même, la débrouille, parfois la survie, de quoi manger et frimer un peu sans doute de temps en temps, mais dans le Milan de la couture, ce sont des egos surdimensionnés qui poussent à tout pour briller et rester au premier plan. Au sein de son équipe, on voit un panorama de tout ce qui peut exister comme degrés dans la police :

« Le SCO ne se mélange pas à la flicaille territoriale. Eux, c’est le FBI italien, bordel. Bon, dit comme ça, ça fait un peu rigoler, mais enfin, eux, ils y croyaient. Certains mensonges aident à vivre. »

Il y a Mme Rinaldi  « qui a plus de couilles que n’importe flic jamais rencontré » et Favalli :

« Il avait déjà travaillé avec Ferraro.[…] Au début, ça n’avait pas accroché. Il lui était apparu comme un couillon qui passait son temps à faire des blagues nulles. Mais, en fait, il s’était avéré comme un type qui en avait. Favalli divisait l’humanité en deux parties: avec ou sans les attributs. Le reste n’était que fioritures. »

Parallèlement, on rencontre le clochard Oreste autrement nommé Moustache qui va prendre sous son aile la petite Aïcha, échouée en Italie avec son frère qu’elle a perdu en chemin. Ces deux êtres vont avoir la malchance de rencontrer un homme d’affaires odieux, méchant, au cœur de pierre, qui va chercher à leur nuire, tout imbu de sa personne. Ce sera sans compter avec un policier en colère qui ne va pas lui céder d’un pouce. Comment ces destins vont se rejoindre au cours de l’enquête de Ferraro et ses compères, je ne le dis pas.

Mais ce que je dirais, c’est que ce roman policier m’a absolument enchantée par sa vivacité, son humour, la bonté qui en ressort souvent. Certaines scènes sont absolument désopilantes, empreintes de poésie et souvent aussi d’une colère bienvenue. Deux mondes se percutent, Ferraro cherche à comprendre, mais y-a-t-il quoi que ce soit à comprendre que nous ne sachions déjà? Et d’épingler toutes les modes du moment, comme « l’apéritif dînatoire » que découvre Ferraro ( ce passage et sa suite m’ont fait beaucoup rire ):

« Michele et Luisa arrivèrent trop tard aux tables dressées, à présent les bouches faméliques des invités dévoraient tout sans répit.[…].Luisa pouvait toujours dire qu’au fond, elle n’avait pas faim et qu’elle regrettait seulement que Michele n’ait pas pu apprécier l’extraordinaire travail de mise en scène exécuté par le food designer.  ( Food designer ? Mais on ne les appelait pas cuisiniers autrefois ?) Ferraro n’avait guère d’intérêt pour le concept formel et le dispositif visuel de ces aliments déstructurés et à la cuillère, si compliqués à atteindre vu la plaie des sauterelles affamées en train de tout dévorer. »

D’autres passages très émouvants, quand Ferraro rencontre Aïcha, quand on reste avec Oreste, Aïcha, Gaucher, le monde de la rue, celui des sans toit par exemple:

« C’était comme s’il existait deux villes, deux Milan, une pour les dieux et une pour les damnés. Deux mondes qui n’auraient jamais du se croiser. »

et d’autres pleins de colère et d’ironie .

Tout ce qui peut nous révolter au quotidien, l’injustice, la pauvreté, la solitude, mais aussi tout ce qui fait battre le cœur, la solidarité, l’amitié, la fidélité, la tendresse…Plus j’avançais dans ma lecture et plus ce livre m’a réchauffée, et une envie d’aller dans le quartier de Ferraro à Milan ( que je ne connais pas ), Quarto Oggiaro.

Bien sûr, on ne peut pas nier la fascination que peut exercer ce monde de la création, son luxe et son côté irréel, mais pour le bon Ferraro, au bout du compte, tout ça est plutôt vain. Son cœur reste ancré au plus près de ses amis, de son quartier et plus prompt à la fraternité d’une embrassade qu’au baise-main. Ce livre ne va pas également sans développer une philosophie que je partage, ainsi selon Mimmo:

« La vie est assez difficile comme ça, et les plaisirs vraiment peu nombreux. Manger, baiser, dormir. Des trucs basiques, rien de particulièrement élaboré. Mais les mêmes pour tout le monde, d’après lui. Il se méfiait de ceux qui ne mangeaient que pour se nourrir, comme si c’était un problème d’approvisionnement énergétique, il avait  de la compassion pour les insomniaques, bouffés par le stress, il n’arrivait vraiment pas à comprendre ceux qui ne trouvaient pas dans une bonne baise le meilleur moyen de résoudre les conflits. Chacun s’occupe de ses fesses, c’est le cas de le dire. La paix dans le monde, aux dires de Mimmo, s’atteignait en quelques actions bien coordonnées: une tablée d’amis, quelques pots, les effusions vespérales avec ceux qu’on aime et, enfin, le repos du guerrier, mérité. »

L’auteur dépeint avec beaucoup de justesse notre monde, ses ambivalences et ses contradictions à travers cette histoire, et ce meurtre envisagé longtemps sous un certain angle sera à la fin éclairé sous un tout autre jour. Il ne faut pas se fier aux évidences. Il ressent ici souvent un malaise quand il est confronté à ce milieu du luxe:

« Si chacun restait à sa place à se laisser bercer par des préjugés bien chauds et rassurants, on vivrait mieux. Il n’ y aurait pas grand chose à expliquer. Accepter la condition du mal, vivre sans conscience, instinctivement, sans prétendre se libérer des chaînes des règles, des classes. Vivre en acceptant que tout soit déjà écrit. Quelle erreur fut celle de sa mère, lui imposer d’étudier, de s’émanciper de son destin de sous- prolétaire. Qu’est-ce qu’il était maintenant ? Un flic, regardé avec soupçon par ses frères et avec mépris par ses patrons. »

Très beau livre, riche pour ses idées et ses personnalités, très très bien écrit aussi, et décidément, les Italiens m’ont apporté de très beaux moments de lecture ces dernières années et ici, avec une fin très émouvante, beaucoup de chaleur humaine. Une bien belle rencontre que cet auteur, ses personnages et le déroulement de l’action qui m’a tenue accrochée aux pages. Je vous conseille vivement ce livre qui marie admirablement une bonne enquête policière à une promenade dans le monde de la haute-couture et du clinquant italien, mais aussi dans le monde de la périphérie. L’auteur, avec un regard féroce ou tendre sur ses contemporains et sur les gouffres qui se sont creusés dans nos sociétés m’a offert un savoureux moment à l’italienne, j’ai adoré ce roman, avec un gros coup de cœur pour Ferraro, Oreste et Aïcha.

« Quel sens ça avait de rendre hommage à un corps sans vie?  Abandonnez-moi au bord de la route quand je serai mort, laissez les rats me ronger les tendons, me déchiqueter les membres. Moi, je ne serai plus là, faites de mon corps ce que vous voulez. »

 

« La route au tabac » – Erskine Caldwell – Belfond /Vintage, traduit par Maurice-Edgar Coindreau

« Lov Bensey, un sac de navets sur le dos, s’en retournait chez lui. Il avançait péniblement sur la route au tabac, les pieds dans l’épaisse couche de sable blanc où les pluies avaient creusé de profondes ornières. Ce sac de navets lui avait coûté bien de la peine. Il fallait longtemps pour aller à Fuller et en revenir, et le trajet était fatigant. »

Nouvelle pépite de cette collection qui me réjouit à chaque fois. Erskine Caldwell, très connu pour « Le petit arpent du bon dieu » nous emmène une fois encore dans le Sud de la Grande Dépression, chez les petites gens d’un monde rural dévasté par la crise.

Ce qui identifie parfaitement cet auteur, c’est la langue – très bien rendue ici par la traduction – et surtout l’absence totale de concessions pour les portraits des personnages. Point de pitié ou de compassion, mais un sens aigu de la réalité des lieux, des temps et des caractères.

Et nous voici bien servis avec la famille Lester. Jeeter le père, celui qu’on va entendre le plus ici, est le champion de la procrastination, inconséquent, pleurnichard, veule. Il s’en réfère au Bon Dieu à tout bout de champ, s’en servant de coupable ou de sauveur selon le cas. Cet homme est absolument navrant…Sa femme Ada n’est pas très commode, et puis il y a la grand-mère qu’on perçoit plus comme un pauvre animal, toujours accroupie dans un coin et nourrie des quelques miettes des repas déjà maigres des autres.

Enfin, il reste dans ce coin perdu deux des enfants de la tripotée qu’Ada a mise au monde, Dude, 16 ans et Ellie May, adolescente défigurée par un affreux bec de lièvre et qui passe son temps à se cacher derrière les azédaracs, guettant tout et tout le monde.

Quant à Lov qui porte son sac de navets, il est le gendre de Jeeter, dont il a épousé la petite Pearl, âgée de 12 ans. Jolie fillette aux longues boucles blondes et aux yeux bleus, elle est aussi rebelle et refuse de se laisser toucher par son époux bien plus vieux qu’elle, ce qui le navre, vous vous en doutez…

« Bien qu’elle eût entre douze et treize ans, elle avait encore peur du noir, et souvent elle passait toute la nuit à pleurer, étendue, tremblante, sur son matelas par terre. Lov était dans la chambre et les portes étaient fermées, mais les ténèbres lui causaient une insupportable sensation d’étouffement. Elle n’avait jamais dit à personne combien elle avait peur des nuits noires, et personne n’avait su la cause de tant de larmes. Lov croyait que ça venait de quelque chose dans son cerveau[…] En réalité, Pearl était de beaucoup la plus intelligente des Lester. »

Enfin va arriver dans la cour de la bicoque Bessie, prédicatrice et prieuse de sa propre église évangélique ( c’est bien pratique ! ), pauvre Bessie tout juste veuve et affligée, elle, par un nez sans os qui lui laisse deux trous béants au milieu de la figure et ce trait physique donne lieu à de sacrés bons passages. Ayant hérité d’un petit magot de feu son mari, elle saura tenter Dude et son père avec une voiture flambant neuve, et c’est là que va commencer une phase du livre cocasse et ridicule, où les protagonistes vont de bêtise en bêtise, s’enferrant dans une course perdue d’avance. Jeeter veut tenter de soutirer de l’argent à ses enfants partis travailler en ville, les bruits qui circulent disent que certains ont bien réussi, mais en tous cas aucun ne donne de nouvelles. Chacun a son but, Dieu trône au milieu de tout ça devant une indécrottable stupidité.

Que dire de plus de ce roman où l’on rit jaune et où on se désole, car une telle misère est sidérante. Jeeter rate tout ce qu’il réalise – et il réalise bien peu – il se défausse sans cesse sur autrui, mais ça ne marche plus. La seule qu’on prend en pitié est Pearl au triste destin. Et quand même la grand-mère qui aura une fin tragi-comique.

Ces gens sont dépourvus de sentiments qu’on dit humains, d’une quelconque solidarité ou empathie, tout occupés à survivre au strict minimum dans la loi du chacun pour soi.

Pearl est la seule à soulever quelque chose dans le cœur de Lov, épris de la petite:

« Et puis, en plus de ça, j’connais rien de plus joli que de regarder ses yeux bleu pâle, de bonne heure le matin, avant que le soleil soit assez haut pour y jeter trop de lumière. De bonne heure, le matin, c’était bien la plus jolie chose qu’un homme puisse voir. Mais ils étaient jolis tout le long du jour et, des fois, je m’asseyais et je tremblais de tout mon corps tellement que j’avais envie de la serrer bien fort. M’est avis que j’oublierai jamais comme ses yeux étaient jolis au petit jour, juste quand le soleil se levait. »

C’est joli, non ? Sauf que Lov vient demander à Jeeter de l’aider à attacher Pearl sur le lit pour qu’il puisse lui montrer la force de son amour…

Peut-être penserez-vous qu’il n’y a pas de quoi rire, que tout ça est tragique. Si vous lisez ce roman, je vous mets au défi de ne pas sourire voire rire au moins une fois ! Ce livre a eu un énorme succès à sa sortie en 1932 aux USA, Caldwell a été un des auteurs les plus censurés de son époque. Je vous mets ici la présentation de l’auteur par l’éditeur qui confirme très clairement ce que j’aime chez cet écrivain et qui en fait un auteur dérangeant.

Et ici, le film réalisé par John Ford, bien moins sévère que le livre pour le physique des personnages, bien plus comique aussi car si le livre est drôle il est surtout furieusement noir.

« Petites reines » – Jimmy Lévy – Cherche-Midi

« Quand je suis née, mon père était mort depuis un bon quart d’heure. C’est la tradition quand la femme du chef clanique accouche d’une fille, on découpe le chef pour le jeter aux chiens. »

« Juin 2001

Autant l’avouer tout de suite, je suis menteuse. Mieux vaut faire comme si j’étais fausse, un personnage de roman. Mieux vaut dire ça plutôt que des conneries. Vous finirez par m’en être reconnaissants. Vous pourrez vous consoler en concluant : elle n’a pas essayé de nous baiser. »

Je viens juste de terminer ce livre absolument surprenant et qui se lit vite parce que dès le début on a une question : qu’est-ce qui relie les deux petites reines, l’enfant africaine, née dans

« cette fichue tribu millénaire aux traditions ancestrales »

et Queenie, la vieille dame indigne et richissime qui attend Alzheimer avec impatience dans une résidence de luxe en Californie, au bord de l’océan.

« Non, la vraie prison dont les murs et les barreaux peuvent m’apparaître n’importe quand, n’importe où, au détour de n’importe quelle brise, de n’importe quel mot, ce sont mes putains de souvenirs »

Donc, la lecture file parce qu’on veut savoir. Et l’auteur est drôlement fort, parce qu’il nous mène aux 50 dernières pages où là, enfin, on aperçoit le nœud de l’histoire et on est vraiment surpris – et épaté ! – , croyez-moi, je ne m’attendais pas du tout à la rencontre finale, une idée magistrale ! Tout ça est mené de main de maître, et ce serait bien déjà mais tout le fond et la manière dont il est traité est passionnant.

J’ai donc beaucoup aimé ce roman fascinant pour plusieurs raisons. D’abord l’écriture qui en fait un texte original, l’auteur alterne les deux destins que ces femmes si éloignées culturellement nous racontent dans des langues très différentes. Le langage de la jeune africaine est plein d’images, mais aussi plein de violence, de cris, de sang et de sexe, sur un fond de naïveté et de révolte, car cette petite reine est si jeune, une enfant dont on attend les règles et les seins pour qu’elle devienne l’objet et la possession du nouveau chef clanique; il tuera ses parents afin que la petite reine soit sans passé; mais cette vie sans passé est une vie de servitude, la servitude aux traditions millénaires de la tribu ancestrale.

« Je m’assèche, je deviens pierre. Je deviens ma propre chimère de petite reine figée dans le destin millénaire de sa fichue tribu ancestrale. Je me sens vieille, ma peau paraît écorce. Même si les pluies venaient, rien ne fleurirait de moi. Je n’ai plus le cœur à rire des duretés des hommes. Je ne m’amuse plus des pagnes que je soulève parmi les guerriers. Ma beauté ne me sert à rien. Au contraire elle m’enferme dans les regards de ceux qui espèrent ce que je contiens de source et de promesses. Je suis devenue ma prison et ma gardienne. Les petites reines ne s’évadent pas, sauf pour mourir découpées. »

 Âmes sensibles, préparez-vous, mais lisez ça, ce n’est pas là de la littérature qui laisse tranquille, dans ces pages la jeune femme parle comme on crache un venin à la face des oppresseurs, les hommes au demeurant, et ces fichues traditions bien pratiques pour le pouvoir des uns et la satisfaction des autres. Elle va perdre d’une affreuse manière Nago son amour et son image la hantera longtemps. Il n’empêche que la petite reine va se sauver et se prénommer elle-même Anoua, car elle n’a pas de nom et qu’elle veut s’appartenir un jour:

« Sa colère suinte dans son regard de cendre. Pourtant je n’ai rien dit, ni manifesté le moindre refus. Je reste docile et hébétée. Une chienne. Il s’agace et renverse son verre et se brûle. Sa main endolorie me gifle d’un revers. Ma lèvre saigne mais je souris. Il comprend que je ne me soumets pas. Il se lève de rage et sort en invectivant ses femmes apeurées qui s’affaissent sur son passage. Je suis déjà ailleurs. »

 Peut-être peut-on se dire qu’il y a un peu de surenchère dans le sang versé et tous les fluides qui suintent dans ces pages, mais nous sommes là dans un monde cruel, charnel, minéral, brut et brutal, une civilisation en apparence si différente de la nôtre…Mais pas tant que ça sur le fond comme finalement on le comprend dans le récit de la vieille dame indigne. Celui-ci est dans un registre différent, un gros chagrin tenu en laisse par la dérision mais qui montre les crocs dans les moments de solitude, et parfois arrive à mordre. Mais la vieille dame a son humour et je pense aussi une bonne dose de haine pour ses congénères qui lui tiennent lieu de béquille; ici, dans la salle d’attente du médecin de la résidence de retraite pour vieilles riches, petit extrait d’un chapitre jubilatoire:

« Une expo de paléontologie. Un zoo d’antiquités.[…] A ce stade on peut plus parler de maquillage, elles sont déjà embaumées, prêtes pour le cercueil, y a plus qu’à emballer. J’en ferai jamais partie, de leur bande de cadavres peinturlurés. Ni d’aucune bande du reste, à part celle des pélicans suicidaires. »

Cette femme teigneuse, qui semble méchante, grossière…on va apprendre peu à peu ce qui l’a fermée à la douceur, le voile sur son passé se lève très lentement, et c’est ainsi que le lien se crée entre ces deux destins incroyables, si durs, auxquels l’auteur avec bienveillance propose une fin  – un peu – moins cruelle.

« Ce soir, tout ce qu’on peut cramer, c’est l’éternité. On va brûler les étapes. Éviter les louvoiements et les malentendus. En attendant ce moment, que je prévois vers la fin du dîner, quand l’alcool, la musique, les pétards atomiques de Sartaj auront eu raison des pudeurs et des résistances, je savoure la fumée fade de ma clope, le ressac des vagues et Oscar Peterson. Putain. Simon. Vite un pétard. »

Vraiment que dire de plus sans livrer ce qui fait l’attrait magnétique et l’intérêt de ce roman? Après une surprise de taille, une apparition inattendue dans cette histoire, le livre se termine sur la chute des tours jumelles à New York. Ce que certains appellent l’âme humaine, moi je dirais plutôt la matière vive ( au sens de « vivante » ) qui nous constitue est ici mise sous le scalpel avec brio et sans concessions. On nous parle de nos servitudes, toutes, celle de notre vie, celle de notre corps, et puis toutes celles que la construction des sociétés où qu’elles soient ont conçues. Celles imposées aux femmes depuis toujours, où qu’elles se trouvent et quelle que soit l’époque. Ceci aussi est un point fort de ce roman, parce qu’on a l’impression que les deux vies racontées là sont à des siècles d’intervalle, mais en fait non.

Ce livre est difficile, parfois insoutenable par l’authenticité du propos livré crûment et c’est ça que j’ai aimé, qui en fait un livre puissant. Jimmy Lévy alterne les voix en chapitres courts, quand le récit d’Anoua est si violent, la verve vacharde de Queenie prête parfois à sourire alors qu’il y a un tel désespoir en elle et un si monstrueux chagrin.

« Avant de faire la vie à une putain de Marlboro, il faut que je dégage le cadavre de la blatte de mon paysage. Les bestioles mortes, même les plus dégueulasses, ça me fout le cafard. C’est le cas de le dire. Je me prends pour Maradona. Je shoote droit devant. Elle glisse sur le plancher, passe sous la balustrade et tombe sur le sable sans bruit. De toute façon les déferlantes du Pacifique font un tel boucan qu’on n’entendrait pas un Boeing s’écraser sur la plage. Il faut au moins ça, ce vacarme d’écume et de sel, pour apaiser les rêves qui charrient les fragments de ma saloperie de mémoire. »

Ce livre est une superbe découverte et j’aimerais qu’il trouve un public attentif et ouvert, car même si on rit avec la vieille femme, elle porte un fardeau, une vie lourde sous le poids des morts, une vie déglinguée. Quant à la petite reine du désert, on n’aurait jamais imaginé le destin que lui réserve l’auteur, dans une bienveillance bienvenue après un parcours si terrifiant. On croisera quelques bestioles  emblématiques, comme la blatte, mais surtout un scorpion blanc, une « girafe à bosse », une mouette, un pélican et un goéland, et puis aussi quelques beaux personnages comme Sartaj – c’est lui qui fait d’une vieille femme sa Queenie – , Hamilton qui un beau jour sera nommée par son prénom Rebecca, un jeune homme très beau dans une cave à Tanger, le docteur Glass et Simon et un autre dont je tais le nom; à ce propos je salue l’éditeur qui ne dit pas un mot de trop sur la 4ème de couverture, chose assez rare pour la souligner. Et ça rappelle ce passage, c’est la vieille dame qui parle:

« Parce qu’en général les bouquins, les mauvais, ont ce qu’ils appellent un sujet. Un truc que tu peux résumer sur la quatrième de couverture. Un pitch qu’ils disent maintenant. Ça déjà ça me gavait. Si tu peux résumer le bazar en trois lignes, pourquoi le tartiner sur trois cents pages ? […]Moi je n’aimais que les bouquins qu’on ne pouvait pas résumer, pas expliquer. Je préférais les voyages qui dispersent, les sorties de route et les détours inattendus que tu ne peux pas raconter en deux phrases. Les détails qui comptent plus que l’essentiel. Les pistes qui se perdent, les bavardages qui t’emportent et les personnages qui se fendent. Je préférais déjà le voyage plutôt que la destination. »

Eh bien voici un roman qu’aimerait cette femme, et je l’aime aussi avec ces deux combattantes vindicatives et lucides, un voyage plein d’embûches, de l’Afrique à la Californie, une enfant fille de chef tribal et une gosse du Midwest.

Un livre fort, âpre, poétique et concret jusqu’à la crudité. Vraiment surprenant, j’ai aimé, beaucoup. Un vrai talent.

Et la vielle dame indigne écoute Oscar Peterson

 

« La femme de l’ombre » ( Trilogie des ombres – T.2) – Arnaldur Indridason – Métailié/Bibliothèque nordique, traduit par Eric Boury

« Il rentra chez lui par des chemins détournés. Lorsqu’il arriva place Kongens Nytorv, il avait toujours cette impression persistante d’être suivi. Il scruta les alentours sans rien remarquer d’anormal, tout le monde rentrait simplement du travail. Il avait aperçu des soldats allemands dans la rue Strøget et s’était arrangé pour les éviter. Il traversa rapidement la place où un tramway s’arrêtait et laissait descendre ses passagers avant de repartir en cliquetant sur ses rails. Sa peur avait grandi au fil de la journée. Il avait appris que les Allemands avaient arrêté Christian. Il n’en avait pas eu confirmation, mais plusieurs étudiants le murmuraient à la bibliothèque universitaire. Il s’était efforcé de se comporter comme si de rien n’était. Comme si tout cela ne le concernait pas. Deux étudiants en médecine avaient affirmé que la Gestapo était venue chercher Christian chez lui à l’aube. »

Et voici en quelques phrases seulement un décor, une époque, un personnage, une situation, et des questions. Et ça s’appelle le talent.

C’était avec grande impatience que j’attendais le tome deux de cette trilogie, et le grand maître islandais est là et bien là, avec ce roman policier absolument impeccable, qui se dévore en une bouchée, car tout ça est bien mené, très bien écrit ( il n’est pas inutile de saluer une fois encore le beau travail de traduction d’Éric Boury ). Il règne comme dans le premier volume une ambiance pleine de ce que j’aime tant chez cet écrivain : l’hésitation, le doute, l’ambiguïté, et une vue sur l’histoire de l’Islande et sur les Islandais, par petites touches légères avec le talent d’Indridason, c’est à dire sans trop de mots, mais choisis avec soin. Ainsi il parvient à semer le trouble chez le lecteur, comme il le sème chez ses personnages. Il faut dire que l’époque est elle aussi fort trouble et se prête on ne peut mieux à la plume d’Indridason.

J’avais déjà beaucoup aimé le tome 1 (Dans l’ombre ), mais celui-ci a été encore plus agréable à lire, sûrement parce que les bases historiques sont posées et ça rend la lecture plus fluide, toute dédiée à l’intrigue et à l’approfondissement des personnages principaux.

1943, dans l’Islande occupée par les troupes américaines on retrouve un noyé mystérieux, une jeune femme a disparu, un jeune homme a été sauvagement agressé…Du pain sur la planche pour Thorson et Flovent, nos deux jeunes enquêteurs. Et ce ne sera pas simple, car l’époque ne l’est pas. Il y a le « choc culturel » entre les Islandais et les soldats américains – qui séduisent les jeunes femmes locales avec leur sourire plein de dents blanches ! -, les petits trafics, commerces, arrangements que la situation troublée génère, le visible et le caché; ainsi au Picadilly , bar où les soldats vont se détendre, boire et flirter, dans les camps militaires un peu à l’écart où les secrets sont jusqu’à présent plutôt bien cachés. Et dans les familles islandaises, aussi. Un lieu rassemble Islandais et Américains, le Picadilly:

« Klemensina y allait régulièrement. Le Picadilly se trouvait à deux pas des Polarnir et la clientèle était constituée de gens comme elle. Il y avait là des ouvriers, de simples soldats et des petits gradés qui s’amusaient avec les Islandaise et leur offraient des verres de brennivín. La pratique courante de l’anglais n’était pas nécessaire, on n’avait pas besoin de mots pour comprendre ce qui se passait dans ce genre d’endroits. »

*Les Polarnir sont alors un quartier populaire pauvre de Reykjavik.

Mais Indridason est grand et instille l’air de rien dans ses personnages de policiers juste ce qu’il faut de particularité pour les rendre bien plus intéressants et bien moins conventionnels qu’il n’y parait. Thorson s’aperçoit que Flovent le trouble. Ce sujet à peine effleuré dans le tome 1, sans être très appuyé non plus, s’affirme ici plus précisément. Cela peut sembler un détail sans importance, mais lectrice de tous les romans d’Indridason, je pense pouvoir dire sans me tromper qu’il aime à jouer avec les genres avec peut-être parfois la complicité malicieuse de son traducteur, les deux langues ne fonctionnant pas de la même façon sur le genre; j’ai interrogé il y a un bon moment déjà Eric Boury sur son blog à propos du sexe de Marion Briem (qui pour moi est une femme, je n’en démords pas ! ) et qui a répondu  par une pirouette : donc je n’ai rien su de plus. J’ai trouvé ICI une excellente interview de l’auteur où la question lui est posée sur ce personnage, je vous laisse le soin de lire vous-même ce qu’Indridason répond ! ( par ailleurs, vous pouvez consulter l’excellent site consacré au polar des glaces et cette page en particulier).

Mais revenons à Thorson homosexuel, cette attirance qu’il ressent pour Flovent et qui le perturbe un peu ne semble rien changer à l’intrigue, toutefois le jeune homme assassiné est lui aussi homosexuel. Il faut replacer ce fait dans l’époque et dans le lieu pour comprendre que ce n’est pas si simple pour ces hommes. Thorson est quand même parfois mal à l’aise à cause de ce qu’il entend sur le sujet.

 Flovent n’est pas aussi lisse qu’il parait non plus; il vit avec son vieux père qu’il aime énormément, sa mère et sa sœur ont été emportées par l’épidémie de grippe espagnole qui sévit en Islande 25 ans plus tôt et lui y a survécu.

« Cette époque était encore vivante dans la tête de Flovent, elle l’accompagnait à chaque instant. Un de ses souvenirs les plus affreux était le moment où sa sœur était venue au monde mort-née tandis que sa mère hurlait de douleur. Le lendemain l’accouchée était mise en bière.[…]. La maladie avait épargné son père qui l’avait soigné. Ils avaient toujours été très proches et vivaient encore ensemble, seuls tous les deux, dans leur vieille maison.

Flovent ne ressentait pas le besoin d’une autre compagnie. »

Finalement ces deux hommes, l’Américain et l’Islandais, s’entendent très bien peut-être à cause de leur solitude, de ce qu’ils ont de particulier. En tous cas, ils forment un duo très intéressant et très efficace. Ensuite une galerie de femmes un peu cruelle mais qui respire l’authenticité ( rassurez-vous, les hommes ne sont pas bien plus charmants ) :

« Elly allait d’une gargote à l’autre. Parfois, elle commençait sa soirée au Ramona ou au White Star et la terminait au Picadilly. Elle s’entendait bien avec les militaires, s’arrangeait pour qu’ils lui offrent à boire et dansait avec eux. Il arrivait aussi qu’elle les accompagne dans l’arrière-cour. Ils revenaient alors les joues rouges, et elle avec quelques couronnes de plus dans son porte-monnaie. »

L’enquête va avancer jusqu’à son terme, on va croiser les femmes des quartiers pauvres qui se frottent les joues avec l’emballage rouge d’un exhausteur de goût ( il déteint ), qui se vendent pour gagner quelques sous, on va observer la faune soldatesque américaine qui cherche à se distraire au Picadilly, et au final, c’est un vrai portrait de Reykjavik à cette époque, très fin et précis que nous propose l’auteur, toujours sans en faire des tonnes, et je suis totalement admirative de ce talent.

Mais mais mais ! Il y a aussi de l’action, des retournements de situation, de l’ambiguïté à souhait, ce roman est un vrai bon polar, un suspense jusqu’au bout et un dosage très équilibré d’action, de noirceur, de psychologie, d’histoire, de sociologie, un peu d’amour et pas de leçon de morale.

Pour moi un des meilleurs romans policiers de cet auteur que j’aime toujours autant. Comme pour le précédent volume, Métailié nous met l’eau à la bouche avec la fin de ce roman qui annonce le tome 3, « Passage des ombres », qui sortira au printemps 2018, et dont deux chapitres nous sont offerts. Autant vous dire que je l’attends avec impatience,  je saurai alors quel sort ce diable d’Indridason réserve à Thorson et Flovent et je ne doute pas que la surprise sera au rendez-vous.

« Dès qu’ils l’eurent débarrassé du varech, leurs craintes se vérifièrent. C’était un corps de femme ramené par les vagues jusqu’à la barrière. Sa robe était toute déchirée et le roulis l’avait défigurée. Son corps était parsemé de blessures et d’hématomes, mais ceux-ci n’avaient rien à voir avec son séjour dans l’eau. elle avait une corde attachée au poignet. Un des matelots se détourna pour vomir.

L’équipage regardait le corps. On n’entendait plus que le bruit du moteur, à bord du navire. Après un long silence, un matelot déclara avoir entendu parler d’une Islandaise disparue à Flacon Point, introuvable depuis des semaines. »