« La route au tabac » – Erskine Caldwell – Belfond /Vintage, traduit par Maurice-Edgar Coindreau

« Lov Bensey, un sac de navets sur le dos, s’en retournait chez lui. Il avançait péniblement sur la route au tabac, les pieds dans l’épaisse couche de sable blanc où les pluies avaient creusé de profondes ornières. Ce sac de navets lui avait coûté bien de la peine. Il fallait longtemps pour aller à Fuller et en revenir, et le trajet était fatigant. »

Nouvelle pépite de cette collection qui me réjouit à chaque fois. Erskine Caldwell, très connu pour « Le petit arpent du bon dieu » nous emmène une fois encore dans le Sud de la Grande Dépression, chez les petites gens d’un monde rural dévasté par la crise.

Ce qui identifie parfaitement cet auteur, c’est la langue – très bien rendue ici par la traduction – et surtout l’absence totale de concessions pour les portraits des personnages. Point de pitié ou de compassion, mais un sens aigu de la réalité des lieux, des temps et des caractères.

Et nous voici bien servis avec la famille Lester. Jeeter le père, celui qu’on va entendre le plus ici, est le champion de la procrastination, inconséquent, pleurnichard, veule. Il s’en réfère au Bon Dieu à tout bout de champ, s’en servant de coupable ou de sauveur selon le cas. Cet homme est absolument navrant…Sa femme Ada n’est pas très commode, et puis il y a la grand-mère qu’on perçoit plus comme un pauvre animal, toujours accroupie dans un coin et nourrie des quelques miettes des repas déjà maigres des autres.

Enfin, il reste dans ce coin perdu deux des enfants de la tripotée qu’Ada a mise au monde, Dude, 16 ans et Ellie May, adolescente défigurée par un affreux bec de lièvre et qui passe son temps à se cacher derrière les azédaracs, guettant tout et tout le monde.

Quant à Lov qui porte son sac de navets, il est le gendre de Jeeter, dont il a épousé la petite Pearl, âgée de 12 ans. Jolie fillette aux longues boucles blondes et aux yeux bleus, elle est aussi rebelle et refuse de se laisser toucher par son époux bien plus vieux qu’elle, ce qui le navre, vous vous en doutez…

« Bien qu’elle eût entre douze et treize ans, elle avait encore peur du noir, et souvent elle passait toute la nuit à pleurer, étendue, tremblante, sur son matelas par terre. Lov était dans la chambre et les portes étaient fermées, mais les ténèbres lui causaient une insupportable sensation d’étouffement. Elle n’avait jamais dit à personne combien elle avait peur des nuits noires, et personne n’avait su la cause de tant de larmes. Lov croyait que ça venait de quelque chose dans son cerveau[…] En réalité, Pearl était de beaucoup la plus intelligente des Lester. »

Enfin va arriver dans la cour de la bicoque Bessie, prédicatrice et prieuse de sa propre église évangélique ( c’est bien pratique ! ), pauvre Bessie tout juste veuve et affligée, elle, par un nez sans os qui lui laisse deux trous béants au milieu de la figure et ce trait physique donne lieu à de sacrés bons passages. Ayant hérité d’un petit magot de feu son mari, elle saura tenter Dude et son père avec une voiture flambant neuve, et c’est là que va commencer une phase du livre cocasse et ridicule, où les protagonistes vont de bêtise en bêtise, s’enferrant dans une course perdue d’avance. Jeeter veut tenter de soutirer de l’argent à ses enfants partis travailler en ville, les bruits qui circulent disent que certains ont bien réussi, mais en tous cas aucun ne donne de nouvelles. Chacun a son but, Dieu trône au milieu de tout ça devant une indécrottable stupidité.

Que dire de plus de ce roman où l’on rit jaune et où on se désole, car une telle misère est sidérante. Jeeter rate tout ce qu’il réalise – et il réalise bien peu – il se défausse sans cesse sur autrui, mais ça ne marche plus. La seule qu’on prend en pitié est Pearl au triste destin. Et quand même la grand-mère qui aura une fin tragi-comique.

Ces gens sont dépourvus de sentiments qu’on dit humains, d’une quelconque solidarité ou empathie, tout occupés à survivre au strict minimum dans la loi du chacun pour soi.

Pearl est la seule à soulever quelque chose dans le cœur de Lov, épris de la petite:

« Et puis, en plus de ça, j’connais rien de plus joli que de regarder ses yeux bleu pâle, de bonne heure le matin, avant que le soleil soit assez haut pour y jeter trop de lumière. De bonne heure, le matin, c’était bien la plus jolie chose qu’un homme puisse voir. Mais ils étaient jolis tout le long du jour et, des fois, je m’asseyais et je tremblais de tout mon corps tellement que j’avais envie de la serrer bien fort. M’est avis que j’oublierai jamais comme ses yeux étaient jolis au petit jour, juste quand le soleil se levait. »

C’est joli, non ? Sauf que Lov vient demander à Jeeter de l’aider à attacher Pearl sur le lit pour qu’il puisse lui montrer la force de son amour…

Peut-être penserez-vous qu’il n’y a pas de quoi rire, que tout ça est tragique. Si vous lisez ce roman, je vous mets au défi de ne pas sourire voire rire au moins une fois ! Ce livre a eu un énorme succès à sa sortie en 1932 aux USA, Caldwell a été un des auteurs les plus censurés de son époque. Je vous mets ici la présentation de l’auteur par l’éditeur qui confirme très clairement ce que j’aime chez cet écrivain et qui en fait un auteur dérangeant.

Et ici, le film réalisé par John Ford, bien moins sévère que le livre pour le physique des personnages, bien plus comique aussi car si le livre est drôle il est surtout furieusement noir.

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« Loups solitaires »- Serge Quadruppani – Métailié Noir

 » Bardonecchia, dernière gare piémontaise avant la frontière française. L’exceptionnel redoux qui depuis une semaine a effacé la neige des rues et dépeuplé les hôtels à skieurs persiste. On est fin janvier, l’allongement des jours s’affirme et, à 8 h 10, le monde apparaît en pleine lumière, tel qu’il est quand les humains n’y sont pas. Sous le ciel froid, entre les murailles noires des pentes à pic, pèse la tristesse irrémédiable des lieux si hauts qu’on ne peut plus qu’en redescendre. »

Qu’on ne s’y fie pas, l’ambiance de ce livre n’est pas aussi plombante que ces montagnes ténébreuses. Comme ce livre a déjà été pas mal chroniqué, j’ai bien peur qu’en en résumant la trame au minimum j’en dise encore trop; aussi voici un petit post qui ressemble plus à une simple sensation de lecture. Pour tout vous dire, je me suis  beaucoup amusée avec ce livre parce que Quadruppani ne se ménage pas pour nous distraire de choses graves et sérieuses; il raille, il ironise avec un rien de méchanceté et j’aime ça. Il m’a fallu quelques pages avant de me sentir à l’aise dans ce réseau d’acronymes – j’en ai compté plus de vingt –  qu’on connait très bien pour certains et moins pour d’autres ( je vous épargne la liste ). À l’aise, ce n’est pas tout à fait ça parce qu’en fait j’en ai fait fi pour me dédier totalement aux péripéties des personnages qu’on a du mal à situer clairement: ils semblent tous être doubles ( voire triples  ) appartenant à la police, à l’armée, à des groupes terroristes ou activistes, à des réseaux plus ou moins secrets, des authentiques ou des infiltrés, des vrais infiltrés qui deviennent de vrais terroristes, mais pas sûr…Bref ! Une grosse nébuleuse ( en tous cas pour moi car j’ai l’impression que d’autres lecteurs ont su dénouer les fils; moi pas et ça ne m’a même pas paru nécessaire  ) qui avec brio montre la complexité tout autant que l’absurdité de ces guerres dans lesquelles on ne sait qui est qui et qui défend quoi et pour qui, vous me suivez ? ( de la difficulté de faire la différence entre le bon et le mauvais…). J’ai souri aussi de cet écrivain qualifié « d’écrivain pour écrivains  » invité aux AIR, coup de griffe aux « Assises Internationales du Roman » à Lyon, un peu méchant, mais on pardonne quand même.

Bon. Et puis il y a des animaux; des choucas, par exemple. Et un loup solitaire qui voit sans être vu et qui hante les poulaillers. Et puis des blaireaux* et des chats. Et puis il y a des femmes et des hommes qui aiment jouer ensemble à des jeux variés plus ou moins distrayants, plus ou moins dangereux, plus ou moins mixtes aussi. Un livre d’espionnage? Pas vraiment. Un roman policier? Un peu mais pas que. Un roman noir? Oui plutôt mais pas totalement. Un livre politique? Forcément un peu aussi, n’est-ce pas.

De la difficulté à cataloguer et preuve que ce n’est ni utile, ni possible, en tous cas pas pour ce livre-ci . Voici donc un objet protéiforme qui va vous promener du Mali au plateau de Millevaches en passant par le Val de Suse, Modane, Lyon, Paris, le Ladakh, l’Algérie, St Denis et j’en passe, mais le Limousin est quand même le lieu central de ces aventures. Parce que je vous garantis qu’on ne s’ennuie pas, il se passe beaucoup de choses, violentes ou pas, guerrières ou sensuelles, l’éventail est large. Reste que plus la lecture avance, plus je rigole, et ça fait beaucoup de bien. Les personnages sont troubles à souhait, du médecin légiste à la rousse flamboyante, du mystérieux écrivain au conservateur de blaireaux ( oui, ça existe ), sans oublier les belles femmes qui flinguent, l’auteur nous sert ici un cocktail détonant ! Ma dernière lecture de Serge Quadruppani datait de « La disparition des ouvrières », j’ai retrouvé avec plaisir la plume et le ton acerbe de cet auteur qui par ailleurs est un traducteur épatant. S’il n’y avait pas eu l’humour débridé mais savamment dosé, je pense que je n’aurais peut-être pas apprécié autant cette lecture, mais la farce macabre et réjouissante ( oui oui, ça m’a réjouie ) de Quadruppani m’a tenue en haleine et j’ai fini tout ça sans m’arrêter.

BLAIREAU

  •  Mammifère carnivore aux poils raides, plantigrade, se creusant un terrier profond et ramifié pour y passer l’hiver et se nourrissant des aliments les plus variés. (Le blaireau est devenu rare en France.) –
  • Brosse en poils fins avec laquelle on savonne la barbe.
  • Large pinceau en poils de blaireau qu’utilisent les artistes peintres pour obtenir des effets de fondu.
  • Familier. Individu conformiste, borné, niais. * Note de la rédaction  : n’est pas devenu rare en France, ni nulle part ailleurs, d’ailleurs.                              Bonne lecture à tous !

« Petites reines » – Jimmy Lévy – Cherche-Midi

« Quand je suis née, mon père était mort depuis un bon quart d’heure. C’est la tradition quand la femme du chef clanique accouche d’une fille, on découpe le chef pour le jeter aux chiens. »

« Juin 2001

Autant l’avouer tout de suite, je suis menteuse. Mieux vaut faire comme si j’étais fausse, un personnage de roman. Mieux vaut dire ça plutôt que des conneries. Vous finirez par m’en être reconnaissants. Vous pourrez vous consoler en concluant : elle n’a pas essayé de nous baiser. »

Je viens juste de terminer ce livre absolument surprenant et qui se lit vite parce que dès le début on a une question : qu’est-ce qui relie les deux petites reines, l’enfant africaine, née dans

« cette fichue tribu millénaire aux traditions ancestrales »

et Queenie, la vieille dame indigne et richissime qui attend Alzheimer avec impatience dans une résidence de luxe en Californie, au bord de l’océan.

« Non, la vraie prison dont les murs et les barreaux peuvent m’apparaître n’importe quand, n’importe où, au détour de n’importe quelle brise, de n’importe quel mot, ce sont mes putains de souvenirs »

Donc, la lecture file parce qu’on veut savoir. Et l’auteur est drôlement fort, parce qu’il nous mène aux 50 dernières pages où là, enfin, on aperçoit le nœud de l’histoire et on est vraiment surpris – et épaté ! – , croyez-moi, je ne m’attendais pas du tout à la rencontre finale, une idée magistrale ! Tout ça est mené de main de maître, et ce serait bien déjà mais tout le fond et la manière dont il est traité est passionnant.

J’ai donc beaucoup aimé ce roman fascinant pour plusieurs raisons. D’abord l’écriture qui en fait un texte original, l’auteur alterne les deux destins que ces femmes si éloignées culturellement nous racontent dans des langues très différentes. Le langage de la jeune africaine est plein d’images, mais aussi plein de violence, de cris, de sang et de sexe, sur un fond de naïveté et de révolte, car cette petite reine est si jeune, une enfant dont on attend les règles et les seins pour qu’elle devienne l’objet et la possession du nouveau chef clanique; il tuera ses parents afin que la petite reine soit sans passé; mais cette vie sans passé est une vie de servitude, la servitude aux traditions millénaires de la tribu ancestrale.

« Je m’assèche, je deviens pierre. Je deviens ma propre chimère de petite reine figée dans le destin millénaire de sa fichue tribu ancestrale. Je me sens vieille, ma peau paraît écorce. Même si les pluies venaient, rien ne fleurirait de moi. Je n’ai plus le cœur à rire des duretés des hommes. Je ne m’amuse plus des pagnes que je soulève parmi les guerriers. Ma beauté ne me sert à rien. Au contraire elle m’enferme dans les regards de ceux qui espèrent ce que je contiens de source et de promesses. Je suis devenue ma prison et ma gardienne. Les petites reines ne s’évadent pas, sauf pour mourir découpées. »

 Âmes sensibles, préparez-vous, mais lisez ça, ce n’est pas là de la littérature qui laisse tranquille, dans ces pages la jeune femme parle comme on crache un venin à la face des oppresseurs, les hommes au demeurant, et ces fichues traditions bien pratiques pour le pouvoir des uns et la satisfaction des autres. Elle va perdre d’une affreuse manière Nago son amour et son image la hantera longtemps. Il n’empêche que la petite reine va se sauver et se prénommer elle-même Anoua, car elle n’a pas de nom et qu’elle veut s’appartenir un jour:

« Sa colère suinte dans son regard de cendre. Pourtant je n’ai rien dit, ni manifesté le moindre refus. Je reste docile et hébétée. Une chienne. Il s’agace et renverse son verre et se brûle. Sa main endolorie me gifle d’un revers. Ma lèvre saigne mais je souris. Il comprend que je ne me soumets pas. Il se lève de rage et sort en invectivant ses femmes apeurées qui s’affaissent sur son passage. Je suis déjà ailleurs. »

 Peut-être peut-on se dire qu’il y a un peu de surenchère dans le sang versé et tous les fluides qui suintent dans ces pages, mais nous sommes là dans un monde cruel, charnel, minéral, brut et brutal, une civilisation en apparence si différente de la nôtre…Mais pas tant que ça sur le fond comme finalement on le comprend dans le récit de la vieille dame indigne. Celui-ci est dans un registre différent, un gros chagrin tenu en laisse par la dérision mais qui montre les crocs dans les moments de solitude, et parfois arrive à mordre. Mais la vieille dame a son humour et je pense aussi une bonne dose de haine pour ses congénères qui lui tiennent lieu de béquille; ici, dans la salle d’attente du médecin de la résidence de retraite pour vieilles riches, petit extrait d’un chapitre jubilatoire:

« Une expo de paléontologie. Un zoo d’antiquités.[…] A ce stade on peut plus parler de maquillage, elles sont déjà embaumées, prêtes pour le cercueil, y a plus qu’à emballer. J’en ferai jamais partie, de leur bande de cadavres peinturlurés. Ni d’aucune bande du reste, à part celle des pélicans suicidaires. »

Cette femme teigneuse, qui semble méchante, grossière…on va apprendre peu à peu ce qui l’a fermée à la douceur, le voile sur son passé se lève très lentement, et c’est ainsi que le lien se crée entre ces deux destins incroyables, si durs, auxquels l’auteur avec bienveillance propose une fin  – un peu – moins cruelle.

« Ce soir, tout ce qu’on peut cramer, c’est l’éternité. On va brûler les étapes. Éviter les louvoiements et les malentendus. En attendant ce moment, que je prévois vers la fin du dîner, quand l’alcool, la musique, les pétards atomiques de Sartaj auront eu raison des pudeurs et des résistances, je savoure la fumée fade de ma clope, le ressac des vagues et Oscar Peterson. Putain. Simon. Vite un pétard. »

Vraiment que dire de plus sans livrer ce qui fait l’attrait magnétique et l’intérêt de ce roman? Après une surprise de taille, une apparition inattendue dans cette histoire, le livre se termine sur la chute des tours jumelles à New York. Ce que certains appellent l’âme humaine, moi je dirais plutôt la matière vive ( au sens de « vivante » ) qui nous constitue est ici mise sous le scalpel avec brio et sans concessions. On nous parle de nos servitudes, toutes, celle de notre vie, celle de notre corps, et puis toutes celles que la construction des sociétés où qu’elles soient ont conçues. Celles imposées aux femmes depuis toujours, où qu’elles se trouvent et quelle que soit l’époque. Ceci aussi est un point fort de ce roman, parce qu’on a l’impression que les deux vies racontées là sont à des siècles d’intervalle, mais en fait non.

Ce livre est difficile, parfois insoutenable par l’authenticité du propos livré crûment et c’est ça que j’ai aimé, qui en fait un livre puissant. Jimmy Lévy alterne les voix en chapitres courts, quand le récit d’Anoua est si violent, la verve vacharde de Queenie prête parfois à sourire alors qu’il y a un tel désespoir en elle et un si monstrueux chagrin.

« Avant de faire la vie à une putain de Marlboro, il faut que je dégage le cadavre de la blatte de mon paysage. Les bestioles mortes, même les plus dégueulasses, ça me fout le cafard. C’est le cas de le dire. Je me prends pour Maradona. Je shoote droit devant. Elle glisse sur le plancher, passe sous la balustrade et tombe sur le sable sans bruit. De toute façon les déferlantes du Pacifique font un tel boucan qu’on n’entendrait pas un Boeing s’écraser sur la plage. Il faut au moins ça, ce vacarme d’écume et de sel, pour apaiser les rêves qui charrient les fragments de ma saloperie de mémoire. »

Ce livre est une superbe découverte et j’aimerais qu’il trouve un public attentif et ouvert, car même si on rit avec la vieille femme, elle porte un fardeau, une vie lourde sous le poids des morts, une vie déglinguée. Quant à la petite reine du désert, on n’aurait jamais imaginé le destin que lui réserve l’auteur, dans une bienveillance bienvenue après un parcours si terrifiant. On croisera quelques bestioles  emblématiques, comme la blatte, mais surtout un scorpion blanc, une « girafe à bosse », une mouette, un pélican et un goéland, et puis aussi quelques beaux personnages comme Sartaj – c’est lui qui fait d’une vieille femme sa Queenie – , Hamilton qui un beau jour sera nommée par son prénom Rebecca, un jeune homme très beau dans une cave à Tanger, le docteur Glass et Simon et un autre dont je tais le nom; à ce propos je salue l’éditeur qui ne dit pas un mot de trop sur la 4ème de couverture, chose assez rare pour la souligner. Et ça rappelle ce passage, c’est la vieille dame qui parle:

« Parce qu’en général les bouquins, les mauvais, ont ce qu’ils appellent un sujet. Un truc que tu peux résumer sur la quatrième de couverture. Un pitch qu’ils disent maintenant. Ça déjà ça me gavait. Si tu peux résumer le bazar en trois lignes, pourquoi le tartiner sur trois cents pages ? […]Moi je n’aimais que les bouquins qu’on ne pouvait pas résumer, pas expliquer. Je préférais les voyages qui dispersent, les sorties de route et les détours inattendus que tu ne peux pas raconter en deux phrases. Les détails qui comptent plus que l’essentiel. Les pistes qui se perdent, les bavardages qui t’emportent et les personnages qui se fendent. Je préférais déjà le voyage plutôt que la destination. »

Eh bien voici un roman qu’aimerait cette femme, et je l’aime aussi avec ces deux combattantes vindicatives et lucides, un voyage plein d’embûches, de l’Afrique à la Californie, une enfant fille de chef tribal et une gosse du Midwest.

Un livre fort, âpre, poétique et concret jusqu’à la crudité. Vraiment surprenant, j’ai aimé, beaucoup. Un vrai talent.

Et la vielle dame indigne écoute Oscar Peterson

 

« La femme de l’ombre » ( Trilogie des ombres – T.2) – Arnaldur Indridason – Métailié/Bibliothèque nordique, traduit par Eric Boury

« Il rentra chez lui par des chemins détournés. Lorsqu’il arriva place Kongens Nytorv, il avait toujours cette impression persistante d’être suivi. Il scruta les alentours sans rien remarquer d’anormal, tout le monde rentrait simplement du travail. Il avait aperçu des soldats allemands dans la rue Strøget et s’était arrangé pour les éviter. Il traversa rapidement la place où un tramway s’arrêtait et laissait descendre ses passagers avant de repartir en cliquetant sur ses rails. Sa peur avait grandi au fil de la journée. Il avait appris que les Allemands avaient arrêté Christian. Il n’en avait pas eu confirmation, mais plusieurs étudiants le murmuraient à la bibliothèque universitaire. Il s’était efforcé de se comporter comme si de rien n’était. Comme si tout cela ne le concernait pas. Deux étudiants en médecine avaient affirmé que la Gestapo était venue chercher Christian chez lui à l’aube. »

Et voici en quelques phrases seulement un décor, une époque, un personnage, une situation, et des questions. Et ça s’appelle le talent.

C’était avec grande impatience que j’attendais le tome deux de cette trilogie, et le grand maître islandais est là et bien là, avec ce roman policier absolument impeccable, qui se dévore en une bouchée, car tout ça est bien mené, très bien écrit ( il n’est pas inutile de saluer une fois encore le beau travail de traduction d’Éric Boury ). Il règne comme dans le premier volume une ambiance pleine de ce que j’aime tant chez cet écrivain : l’hésitation, le doute, l’ambiguïté, et une vue sur l’histoire de l’Islande et sur les Islandais, par petites touches légères avec le talent d’Indridason, c’est à dire sans trop de mots, mais choisis avec soin. Ainsi il parvient à semer le trouble chez le lecteur, comme il le sème chez ses personnages. Il faut dire que l’époque est elle aussi fort trouble et se prête on ne peut mieux à la plume d’Indridason.

J’avais déjà beaucoup aimé le tome 1 (Dans l’ombre ), mais celui-ci a été encore plus agréable à lire, sûrement parce que les bases historiques sont posées et ça rend la lecture plus fluide, toute dédiée à l’intrigue et à l’approfondissement des personnages principaux.

1943, dans l’Islande occupée par les troupes américaines on retrouve un noyé mystérieux, une jeune femme a disparu, un jeune homme a été sauvagement agressé…Du pain sur la planche pour Thorson et Flovent, nos deux jeunes enquêteurs. Et ce ne sera pas simple, car l’époque ne l’est pas. Il y a le « choc culturel » entre les Islandais et les soldats américains – qui séduisent les jeunes femmes locales avec leur sourire plein de dents blanches ! -, les petits trafics, commerces, arrangements que la situation troublée génère, le visible et le caché; ainsi au Picadilly , bar où les soldats vont se détendre, boire et flirter, dans les camps militaires un peu à l’écart où les secrets sont jusqu’à présent plutôt bien cachés. Et dans les familles islandaises, aussi. Un lieu rassemble Islandais et Américains, le Picadilly:

« Klemensina y allait régulièrement. Le Picadilly se trouvait à deux pas des Polarnir et la clientèle était constituée de gens comme elle. Il y avait là des ouvriers, de simples soldats et des petits gradés qui s’amusaient avec les Islandaise et leur offraient des verres de brennivín. La pratique courante de l’anglais n’était pas nécessaire, on n’avait pas besoin de mots pour comprendre ce qui se passait dans ce genre d’endroits. »

*Les Polarnir sont alors un quartier populaire pauvre de Reykjavik.

Mais Indridason est grand et instille l’air de rien dans ses personnages de policiers juste ce qu’il faut de particularité pour les rendre bien plus intéressants et bien moins conventionnels qu’il n’y parait. Thorson s’aperçoit que Flovent le trouble. Ce sujet à peine effleuré dans le tome 1, sans être très appuyé non plus, s’affirme ici plus précisément. Cela peut sembler un détail sans importance, mais lectrice de tous les romans d’Indridason, je pense pouvoir dire sans me tromper qu’il aime à jouer avec les genres avec peut-être parfois la complicité malicieuse de son traducteur, les deux langues ne fonctionnant pas de la même façon sur le genre; j’ai interrogé il y a un bon moment déjà Eric Boury sur son blog à propos du sexe de Marion Briem (qui pour moi est une femme, je n’en démords pas ! ) et qui a répondu  par une pirouette : donc je n’ai rien su de plus. J’ai trouvé ICI une excellente interview de l’auteur où la question lui est posée sur ce personnage, je vous laisse le soin de lire vous-même ce qu’Indridason répond ! ( par ailleurs, vous pouvez consulter l’excellent site consacré au polar des glaces et cette page en particulier).

Mais revenons à Thorson homosexuel, cette attirance qu’il ressent pour Flovent et qui le perturbe un peu ne semble rien changer à l’intrigue, toutefois le jeune homme assassiné est lui aussi homosexuel. Il faut replacer ce fait dans l’époque et dans le lieu pour comprendre que ce n’est pas si simple pour ces hommes. Thorson est quand même parfois mal à l’aise à cause de ce qu’il entend sur le sujet.

 Flovent n’est pas aussi lisse qu’il parait non plus; il vit avec son vieux père qu’il aime énormément, sa mère et sa sœur ont été emportées par l’épidémie de grippe espagnole qui sévit en Islande 25 ans plus tôt et lui y a survécu.

« Cette époque était encore vivante dans la tête de Flovent, elle l’accompagnait à chaque instant. Un de ses souvenirs les plus affreux était le moment où sa sœur était venue au monde mort-née tandis que sa mère hurlait de douleur. Le lendemain l’accouchée était mise en bière.[…]. La maladie avait épargné son père qui l’avait soigné. Ils avaient toujours été très proches et vivaient encore ensemble, seuls tous les deux, dans leur vieille maison.

Flovent ne ressentait pas le besoin d’une autre compagnie. »

Finalement ces deux hommes, l’Américain et l’Islandais, s’entendent très bien peut-être à cause de leur solitude, de ce qu’ils ont de particulier. En tous cas, ils forment un duo très intéressant et très efficace. Ensuite une galerie de femmes un peu cruelle mais qui respire l’authenticité ( rassurez-vous, les hommes ne sont pas bien plus charmants ) :

« Elly allait d’une gargote à l’autre. Parfois, elle commençait sa soirée au Ramona ou au White Star et la terminait au Picadilly. Elle s’entendait bien avec les militaires, s’arrangeait pour qu’ils lui offrent à boire et dansait avec eux. Il arrivait aussi qu’elle les accompagne dans l’arrière-cour. Ils revenaient alors les joues rouges, et elle avec quelques couronnes de plus dans son porte-monnaie. »

L’enquête va avancer jusqu’à son terme, on va croiser les femmes des quartiers pauvres qui se frottent les joues avec l’emballage rouge d’un exhausteur de goût ( il déteint ), qui se vendent pour gagner quelques sous, on va observer la faune soldatesque américaine qui cherche à se distraire au Picadilly, et au final, c’est un vrai portrait de Reykjavik à cette époque, très fin et précis que nous propose l’auteur, toujours sans en faire des tonnes, et je suis totalement admirative de ce talent.

Mais mais mais ! Il y a aussi de l’action, des retournements de situation, de l’ambiguïté à souhait, ce roman est un vrai bon polar, un suspense jusqu’au bout et un dosage très équilibré d’action, de noirceur, de psychologie, d’histoire, de sociologie, un peu d’amour et pas de leçon de morale.

Pour moi un des meilleurs romans policiers de cet auteur que j’aime toujours autant. Comme pour le précédent volume, Métailié nous met l’eau à la bouche avec la fin de ce roman qui annonce le tome 3, « Passage des ombres », qui sortira au printemps 2018, et dont deux chapitres nous sont offerts. Autant vous dire que je l’attends avec impatience,  je saurai alors quel sort ce diable d’Indridason réserve à Thorson et Flovent et je ne doute pas que la surprise sera au rendez-vous.

« Dès qu’ils l’eurent débarrassé du varech, leurs craintes se vérifièrent. C’était un corps de femme ramené par les vagues jusqu’à la barrière. Sa robe était toute déchirée et le roulis l’avait défigurée. Son corps était parsemé de blessures et d’hématomes, mais ceux-ci n’avaient rien à voir avec son séjour dans l’eau. elle avait une corde attachée au poignet. Un des matelots se détourna pour vomir.

L’équipage regardait le corps. On n’entendait plus que le bruit du moteur, à bord du navire. Après un long silence, un matelot déclara avoir entendu parler d’une Islandaise disparue à Flacon Point, introuvable depuis des semaines. »

« Les attachants » – Rachel Corenblit – La brune au Rouergue

« Le gamin se tenait devant la porte, qu’elle avait laissée entrebâillée.

Emma. Elle s’appelle Emma. Elle trouve son prénom trop simple. Elle aurait adoré se nommer Iphigénie ou Cassandre. Un prénom qui résonne, qui a une histoire. Élisabeth, ou même Athéna. On ne prononce pas Athéna de façon anodine. Les références collées au nom que l’on porte, c’est comme si on avait déjà vécu une vie. […]

Il la fixait, silencieux, avec son cartable dans le dos, ses cheveux ébouriffés et sa grande bouche aux lèvres gercées. Il était immense pour son âge, sa veste trop courte laissait apparaître des poignets fins de fille et ses bras étaient des brindilles fragiles, tout comme ses longues jambes. »

Voici un court, tendre et triste roman par une auteure qui a surtout beaucoup écrit pour la jeunesse chez le même éditeur et chez Actes Sud Junior. Un seul autre roman pour adultes:  » Quarante tentatives pour trouver l’homme de sa vie » au Rouergue aussi.

Pour moi qui suis née et ai grandi dans des écoles, qui ai vu mon père passer de l’école minuscule de campagne où il fut heureux dans sa mission à un groupe scolaire dans une ville moyenne, dans un quartier en paupérisation à cette époque à la fin de sa carrière, ce livre a évoqué de nombreux souvenirs et de nombreuses histoires entendues autour de moi parmi les enseignants que je connais, soit dans ma famille, soit parmi mes amis qui exercent ce métier, et même certaines scènes auxquelles j’assistais depuis la fenêtre du logement que nous occupions alors, au-dessus de la cour de récréation. Mais c’est là que j’arrête le lien avec mon album personnel.

Voici une jeune institutrice ( oui, je sais, professeur des écoles ) qui comme nombre de ses collègues en début de carrière se voit promenée ici et là; elle est jeune, célibataire et sans enfant et nous la trouvons pour cette rentrée dans une école de quartier défavorisé ( il serait bien de réfléchir à ce mot précisément, à son sens pour la République ).

« La première année, elle avait circulé dans la campagne tout autour de Toulouse. Elle avait eu droit au poste fractionné, le pire des postes: quatre écoles différentes, tous les niveaux. Un panoramique intégral du métier en une semaine. De quoi se former sur le tas.

Le cadeau qu’on offre aux débutantes pleines d’enthousiasme et de zèle pour qu’elles comprennent que l’Éducation nationale était à l’image de la vie, un monde sans pitié où il fallait avant tout s’adapter. Pour qu’elles réalisent aussi que la vocation, c’était un mythe, un délire romantique, qu’il fallait vider de ses idéaux, pour appréhender la substantifique moelle du métier: apprendre à survivre. »

Nous allons avec elle faire ce chemin d’une année scolaire, parmi ces enfants qu’elle va aimer et détester parfois en même temps. Ce n’est pas là son premier poste, mais c’est le premier fixe, sur une seule école et une seule classe.Et bien sûr, c’était son dernier vœu sur sa liste. L’école des Acacias:

« Elle l’a obtenu. Comme titulaire. Affectée jusqu’à la retraite si elle le souhaitait. Toute une vie.

C’est là que va se passer l’histoire. On peut imaginer qu’elle existe vraiment, pour se faire peur. »

Pour autant, Emma ( c’est son prénom )  va garder devant ces 26 enfants dont beaucoup sont « en vrac » la conscience du rôle qu’elle a à jouer. 

« Une classe, c’est comme un roman. Vingt-six histoires qui se combinent, qui se heurtent, qui s’emboîtent. Cinq jours sur sept, de huit heures du matin jusqu’à la fin de l’après-midi, près de neuf mois dans une année, ces histoires se tissent. Si l’on calcule le temps passé ensemble, on s’effraie de constater à quel point une classe absorbe les individus qui la constituent. »

Elle sera épaulée par le directeur, Antoine Aucalme, qui fait lui ses dernières années, un brave homme et sans aucun doute un très bon enseignant; malgré leurs disputes, il sera un soutien indéfectible. Il y aura une histoire d’amour aussi, qui va jouer un rôle essentiel dans la vie d’Emma, mais le cœur de ce livre c’est un panorama sur l’énorme difficulté de ce métier dans ces endroits où tous les handicaps se cumulent, mais aussi en règle générale.

Ce petit roman se lit d’une traite, c’est vivant et fluide, le ton évite celui de la tragédie et pourtant, comme certaines des vies présentées là, dans cette classe, cette cour, ces murs, combien ces jeunes vies sont tragiques, déjà marquées du manque, du vide, du désert affectif et matériel et de la rage qui en découle. Les portraits que dessine avec finesse Rachel Corenblit sont très justes ( il faut dire qu’elle est elle-même enseignante). On croise ici des parents qui pour certains font ce qu’ils peuvent avec ce qu’ils ont, matériellement, intellectuellement et affectivement, parfois c’est peu, c’est rien et on a soit envie de les aider, ceux qui déploient tout ce qu’ils ont et quoi qu’il en soit aiment leur enfant, soit de les engueuler car ils sont totalement inconséquents, se comportant comme des ados attardés, sans jugeote, irresponsables ou est-ce simplement qu’ils n’ont pas « les outils » pour être parents? (page 81 et Sonia, la mère de Molly, oh la pauvre gosse !).  

Ni hélas le cœur? Le cœur est mis à mal, oui, pour tous ici:

« Et pourtant ma fille vous aime bien, elle avait dit, sur le pas de la porte, sans se retourner, en marquant un temps d’arrêt tout de même. Une confession arrachée in extremis. Et moi aussi je l’aime bien, avait lancé Emma, qui savait pertinemment qu’elle n’était pas là pour aimer bien les enfants mais pour qu’ils apprennent à lire, à écrire, à compter et, si possible, à réfléchir. »

L’école des Acacias pourrait sembler être un prototype, mais entre les bagarres de la cour, violentes, les crises d’épilepsie, les yeux au beurre noir ( chute dans l’escalier ), et toutes les misères de ces élèves c’est bien un portrait criant de vérité. De belles pages très explicites qui déboulonnent toutes les sottises qu’on entend sur ce métier, tous les lieux communs devenus monnaie courante; qui au moins devraient faire réfléchir, y compris l’institution qui lance au feu de jeunes gens pas bien armés. 

Pages touchantes quand Emma quitte ses élèves en fin d’année parce qu’elle va accoucher, d’un petit Valentin…Pages lucides:

« Mon fils s’appelle Valentin, elle pense.

C’est le prénom que donnent à leurs enfants les gens qui lisent des histoires dans des romans et ils se posent des questions profondes et sérieuses, du genre, peut-être que c’est une histoire qui est vraiment arrivée, ce que raconte l’auteur? Parce que si elle était vraie, le monde serait une poubelle. Le monde serait une horreur. Le monde serait un enfer sans nom. Il ne faudrait pas que ça arrive, jamais.

Cet auteur-là, cet écrivain, il a sans doute mélangé la réalité avec sa drôle d’imagination qui lui fait raconter des trucs tordus pour donner des peurs rétrospectives aux lecteurs tranquilles qui essaient de vivre mieux que les personnages perdus des romans qu’on veut bien leur proposer. »

Belle ironie, ton un peu moqueur, j’aime bien parce que ça dénote du recul. L’écriture n’est pas plate ou larmoyante, mais tonique, il y a de la verve, on sent bien les points qui cristallisent la colère ou le rire, des scènes magiques parfois, instants brefs et intenses, comme la nuit à regarder les étoiles en sortie scolaire à la montagne ( challenge pour Emma enceinte ! ), ce moment où, allongés sur le sol froid, les yeux noyés dans la voie lactée, la main de Ryan se pose doucement sur le ventre d’Emma car le bébé remue:

« Une main se pose sur son ventre. Une main chaude, qui ose à peine exister. Ryan. Il est là. Il l’a suivie, sa maîtresse, il n’a pas trop fait de bruit, il s’est couché près d’elle. Tout léger, tout discret. Il chuchote: madame, il bouge, votre enfant.

Oui, elle répond.

Et alors? demande Emma. […]

Et alors, madame, finit par dire Ryan, c’est comme si on sentait le monde tourner autour de nous.

C’est ce qu’Emma décide de garder. 

Cette seconde parfaite. »

Et enfin il n’est pas possible de finir sans parler de Ryan, enfin non, je ne vous en parle pas, mais si vous lisez ce livre, vous comprendrez bien mieux à quoi sont confrontés les gens qui exercent ce métier et à qui on demande d’agir bien au-delà de leur fonction, bien plus que d’apprendre à lire, écrire, compter et…si possible, réfléchir.

La fin, Antoine part à la retraite:

« Emma ne s’est pas écartée. Elle est restée dans les bras d’Antoine. C’était confortable. C’était doux. […]

Ils ne se sont pas attardés. À quoi cela aurait-il servi?

Il l’a lâchée pour se diriger vers les autres, les amis, les collègues, le petit groupe compact qui l’attendait en levant les verres. Elle est restée immobile, sous le préau, et l’a regardé s’éloigner, saisir les gens par les épaules, boire des verres, s’esclaffer de sa grosse voix. Sans se retourner vers elle. 

Ne pas s’attacher aux gens.

Simplement les aimer. Les supporter. Les accompagner. Et les laisser partir. »

Vous ne regretterez pas cette lecture souvent touchante, qui parfois met en colère, tous les mômes que vous y rencontrerez, et puis Emma, et Antoine.

Je n’oublie pas de vous conseiller très vivement de lire ce qu’à écrit mon ami Wollanup chez Nyctalopes à propos de ce roman, c’est lui qui m’a donné envie de cette lecture que je ne regrette pas. Écrire après lui n’a pas été facile, je vous assure !