« L’enfer de Church Street » de Jake Hinkson – Gallmeister/ Neonoir, traduit par Sophie Aslanides

jake HinksonSaison noire chez la Livrophage. Voici un  petit roman bien grinçant qui m’a réjouie . Un de ceux qui remplit toutes ses promesses, les mêmes que celles de Marcel Duhamel qui créa la Série Noire de Gallimard  avec ce Manifeste plus que réjouissant. Il semble que la Neonoire de Gallmeister soit dans la ligne directe de ces exigences . Une Amérique plutôt urbaine ou périurbaine, en zone sinistrée par les tornades éventuellement  mais plus globalement par la crise économique, et des méchants, plein de méchants ! Un livre qu’on lit d’une traite.

Après le terrible « Cry father » du non moins terrible Benjamin Whitmer, voici ce nouveau venu qui met les pieds dans le plat en fanfare.

« L’histoire de ma vie, c’est que j’ai vécu, j’ai merdé, et je vais mourir. Je vais probablement aller en enfer. »

neonoirContrairement à ce que cette phrase pourrait laisser croire, ce livre m’a souvent fait rire (cette phrase aussi d’ailleurs, le ton qui y est donné). Voici une bonne charge contre l’hypocrisie, religieuse en particulier, humaine en général, et Jake Hinkson sait de quoi il parle. Ici il n’y a que des vilains et des méchants, au mieux quelques idiots naïfs, tous plus barrés les uns que les autres et ça donne un bouquin qui bien que moins violent que celui de Whitmer est tout aussi noir .

Un voyou braque Geoffrey Webb à la sortie d’une épicerie, monte dans sa voiture en espérant le détrousser. Webb commence alors son récit, celui d’une grande partie de sa vie, tout en roulant tranquillement, l’arme de son agresseur pointée sur lui. Comment il devient un jour frère Webb, après une révélation:

« Cela me frappa de plein fouet, comme une inspiration divine. La religion est le boulot le plus génial jamais inventé, parce que personne ne perd d’argent en prétendant parler à l’homme invisible installé là-haut. Les gens croient déjà en lui. Ils acceptent déjà le fait qu’ils lui doivent de l’argent, et ils pensent même qu’ils brûleront en enfer s’ils ne le paient pas. Celui qui n’arrive pas à faire de l’argent dans le business de la religion n’a vraiment rien compris. »

« […] la religion, pour l’essentiel, est une escroquerie. En dépit de toute son histoire et de son prestige, de tous les bâtiments construits pour l’honorer et de tout le sang versé pour la diffuser, la religion n’a rien de différent de la lecture des lignes de la main ou de l’interprétation du marc de café. »

file000380243276C’est sûr, il n’y va pas de main morte, Jake Hinkson !  Notre homme promu aumônier puis bientôt pasteur, à la suite des décès « accidentels » de Frère Card et de son épouse, va vite déchanter malgré ses succès à son nouveau poste :

« Les Card étaient morts, plus morts que Bonnie et Clyde. […] Était-ce vraiment ce que Dieu avait prévu ? Ce jour-là, je dis à la congrégation en larmes que tout se trouvait entre les mains de Dieu, et que le mal et la haine et la perte et la souffrance disparaîtraient en un clin d’œil à l’instant où Christ reviendrait. Mais en même temps, je me demandai : est-ce qu’ils croient à ça ? Apparemment, oui. » On entend très très bien ce que sous entend la fin de cette phrase !

La mort « accidentelle » des Card va être la montée en puissance de Webb dans la communauté baptiste, mais aussi le début de sa fin . Le texte est émaillé de phrases de ce genre : « J’ai toujours eu cette chance d’être assez en forme pour m’enfoncer plus profondément dans les ennuis. Je ne mourrai jamais accidentellement. »

Ou encore :« Il est difficile de savoir aujourd’hui si j’aurais été plus mauvais encore sans l’église, puisqu’elle a joué un rôle essentiel dans la décomposition de ma vie. »

hinkson

Jake Hinkson aux Quais du Polar : ça rigole pas.

Webb a pris tellement confiance en lui, en sa propre parole, il manipule si bien qu’il ne se méfie plus et ne voit pas qu’il n’est pas seul dans le jeu. Je ne vous dis pas quelle vie  mène cet homme-là, mais pas toujours très chrétienne… L’auteur nous raconte avec brio comment Webb va entrer dans une spirale d’événements qui l’amèneront ici, dans sa voiture, un pistolet braqué sur la nuque, à raconter en roulant toute son histoire à un repris de justice qui l’écoutera  jusqu’au dénouement.

Beaucoup d’humour noir, qui va avec de la virulence, une vive critique des faux semblants de notre société, un récit qui ne traîne pas, très beau travail de Sophie Aslanides, qui parvient à rendre parfaitement cet humour noir et le rythme du récit. J’ai passé un très bon moment, presque trop court, tiens ! Un livre que j’aimerais lire à voix haute.

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17 réflexions au sujet de « « L’enfer de Church Street » de Jake Hinkson – Gallmeister/ Neonoir, traduit par Sophie Aslanides »

    • ah ah ah ! Une vraie charge, en effet, avec toute la cavalerie ! Lis le lien Gallmeister vers le bio de l’auteur, tu comprendras ! Et comme toi : AA ( pas Alcoolique Anonyme, hein ! Athée Anticléricale ! 🙂 )

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      • Enchantée ! moi c’est Martine !
        Je n’osais pas te le dire, mais Simone c’était le prénom de ma belle-mère… et nous n’étions pas vraiment copines…

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      • Eh bien dis toi que tu n’es pas la première à me dire ça : en fait j’ai un p…..de prénom de belle-doche désagréable; j’en veux à mort à mes parents ! Je ne suis heureusement pas encore belle – mère : OUF !!! Allez ! C’est pas grave, une vie avec ce prénom pourri ! 🙂

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  1. Quelqu’un qui arbore un air sérieux en même temps qu’une petite vache doudou au revers de sa veste ne peut que m’être éminemment sympathique ….
    Ça et les extraits que tu cites, voila qui me donne envie d’en lire plus ! Je note …

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    • Oui ! c’est la noiraude, dans sa poche ! On aurait dit un drôle de duo comique, aux Quais du Polar, avec Whitmer tout éclairé et Hinkson tout sévère. Mais en tous cas, un nouvel auteur à suivre et à lire avec jubilation.

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