« Tropique de la violence » – Nathacha Appanah – Blanche/Gallimard

appanah« Il faut me croire. De là où je vous parle, les mensonges et les faux-semblants ne servent à rien. Quand je regarde au fond de la mer, je vois des hommes et des femmes nager avec des dugongs et des cœlacanthes, je vois des rêves accrochés aux algues et des bébés dormir au creux des bénitiers. De là où je vous parle, ce pays ressemble à une poussière incandescente et je sais qu’il suffira d’un rien pour qu’il s’embrase. »

Ce pays, c’est la France. Enfin…c’est Mayotte, le cent unième département français.

Voici le second roman que je lis de Nathacha Appanah; le premier, « Le dernier frère » avait été un choc, un livre terriblement triste. Celui-ci n’a rien à lui envier avec les destins croisés de cinq personnages, cinq voix qui nous disent ce qu’est leur destin, d’où ils viennent, ce qu’ils vivent, et comment ils finissent. Tout commence avec Marie, et un début bouleversant, puis vient Moïse, son enfant adopté aux yeux vairons. Marie nous raconte sa jeunesse, son arrivée à Mayotte, l’amour, le travail, le désespoir de la stérilité, la solitude, et tout ça vite, comme si elle était pressée d’en finir, et ça rend ce premier chapitre particulièrement puissant et émouvant. Puis survient Moïse et ses yeux vairons qui lui valent d’être abandonné, et malmené plus tard.

« Il est atteint d’hétérochromie, une anomalie génétique absolument bénigne. Le vert de son œil est comme le vert des feuilles de l’arbre à pain, non du manguier, oh, je ne sais plus, c’est ce vert incroyable qu’ont parfois les arbres de ce pays, pendant l’hiver austral. Il me regarde avec ce regard bicolore, je lui parle, je lui dis Bonjour joli bébé. La mère me dit alors en faisant de grands signes vers le petit garçon Lui bébé du djinn. Lui porter malheur avec son œil. Lui porter malheur. »

Puis intervient Bruce, le chef de Gaza – c’est le surnom d’un quartier misérable de Mamoudzou, la capitale, où règnent la drogue, la violence et la misère, Bruce est un gamin chef de bande. Enfin on croise plus brièvement Olivier, un policier au grand cœur, et Stéphane, venu ici « faire de l’humanitaire ». Olivier enrage d’être aussi impuissant face à l’abandon de cette île.

« Nous sommes seuls. D’en haut et de loin, c’est vrai que ce n’est qu’une poussière ici mais cette poussière existe, elle est quelque chose. Quelque chose avec son envers te son endroit, son soleil et son ombre, sa vérité et son mensonge. Les vies sur cette terre valent autant que toutes les vies sur les autres terres, n’est-ce pas ? »

Moïse a grandi avec « L »enfant et la rivière » de Henri Bosco comme livre de chevet, livre fétiche, objet de réconfort et d’évasion, tout d’abord symbole de son lien avec Marie, puis lieu d’abstraction dans les moments trop durs; et puis il a son chien, Bosco, compagnon précieux.

Bruce lui n’est qu’une boule de rage, de colère et de violence, violence qu’il inflige pour l’humilier à Moïse. Parce qu’il a eu plus que lui ( l’amour d’une mère ), parce qu’il a la peau noire mais l’esprit blanc de Marie, et  puis parce qu’il a les yeux du djinn:

 » Écoute le bruit de mon pays qui gronde, écoute la colère de Gaza, écoute comment elle rampe et rappe jusqu’à nous, tu entends cette musique nigga, tu sens la braise contre ton visage balafré. Regarde, Mo,regarde de ton œil de djinn de malheur. Ils viennent me venger.

Ils viennent pour toi. »

Ce roman est construit comme une tragédie, on entend les héros parler en suivant leur chemin jusqu’à la perte, inexorablement. Ici, les morts parlent, et c’est leur mort qui nous conte la vie terriblement misérable au bord du plus beau lagon du monde; la faim, le manque de tout, l’abandon…Le paradis sous lequel se cache l’enfer et sous lequel couve le feu. Avec des hommes accablés par leur impuissance à agir:

bougainvillea-375555_640« Dans le jardin de ma petite maison, il y a des hibiscus roses aux cœurs rouges et aux pistils jaunes, un frangipanier aux fleurs blanches et veloutées, des alamandas qui donnent toute l’année des fleurs jaune soleil, un buisson épais de lauriers-roses et sur un pan du mur d’enceinte grimpent des bougainvillées fuschia. Je passe des heures ici, à tailler, à élaguer, à soigner, à enlever les puces une à une, à soigner, à nourrir, à arroser, à protéger.[…] Mais cet après-midi, quand je rentre enfin après vingt heures au poste, ce jardin me semble une imposture, un cliché, une carte postale pour touristes. Je vais dans le jardin et, sous le soleil métallique et brûlant, j’attends d’être ému, j’attends d’être lavé, je fouille des yeux les fleurs, je tends l’oreille aux oiseaux, j’attends d’être apaisé, j’attends d’être consolé. »

La langue est belle, la poésie surgit même au coin du sordide; parce que nous sommes ici le plus souvent dans des vies d’enfants pour qui des adultes de bonne volonté ne peuvent pas grand-chose, on est saisi à la gorge à tout moment. La fin est belle et bien tragique, désespérante et spectaculaire. Nathacha Appanah est elle originaire de l’île Maurice mais a vécu à Mayotte. Ce roman fort et sans concessions a obtenu le prix Goncourt des Lycéens. Une lecture que je conseille vivement, tant pour le sujet remarquablement traité que pour l’écriture d’une grande force et d’une poésie parfois déchirante.

Une interview de Nathacha Appanah dans Le Monde.

« Haute voltige » – Ingrid Astier – Gallimard / Série Noire

«Combien d’apocalypses peut-on porter en soi?»

Alors voici le roman qu’il me fallait pile à ce moment précis. Un grand roman romanesque – car tous les romans ne le sont pas –  ( Ingrid Astier m’a offert une accolade pour ce terme quand je l’ai rencontrée), une grande aventure dans Paris, des personnages extrêmement travaillés, des niveaux de langue multiples, du beau, du luxe, de l’art, du risque, de l’amour, du sang, des larmes et du rire,  tout ça avec intelligence et le sens du récit, des clins d’œil aussi, des savoirs, le résultat d’une somme d’expériences mises en application afin que cette histoire hautement rocambolesque, épique, baroque nous semble totalement vraie…. D’ailleurs moi j’y ai cru d’un bout à l’autre et j’y crois encore et je me dis qu’il va y avoir une suite, oui oui, parce que je ne crois pas que cette fin soit définitive ! . Un très grand roman d’aventures, en fait. C’est typiquement le genre de livre dont les personnages entrent dans votre vie ( en varappe et par effraction) et que vous n’avez aucune envie de quitter. Mais quelle réussite et quel bonheur de lecture ! En tous cas pour moi car on peut adhérer ou non, il n’en reste pas moins que c’est un bijou qui m’a ravie et qui trouvera , je n’en doute pas une seconde, un vaste public .

Le livre idéal quand on a envie de décoller, de s’évader, de se laisser porter par l’action et de sortir du quotidien. C’est extrêmement travaillé, ciselé, chaque détail compte sans pour autant être visible, de la dentelle.

Une chose que je ne fais que rarement, c’est de vous livrer ici  la 4ème de couverture, parce qu’elle dit la trame que je me sens incapable de vous retracer aussi clairement

« Aux abords de Paris, le convoi d’un riche Saoudien file dans la nuit. Survient une attaque sans précédent, digne des plus belles équipes. «Du grand albatros» pour le commandant Suarez et ses hommes de la brigade de répression du banditisme, stupéfaits par l’envergure de l’affaire. De quoi les détourner un temps de leur obsession du Gecko – une légende vivante qui se promène sur les toits de Paris, l’or aux doigts, comme si c’était chez lui, du dôme de l’Institut de France à l’église Saint-Eustache…
Derrière l’attaque sanglante, quel cerveau se cache? Le butin le plus précieux du convoi n’est pourtant ni l’argent ni les diamants. Mais une femme, Ylana, aussi belle qu’égarée. Ranko est un solitaire endurci, à l’incroyable volonté. Mais aussi un homme à vif, atteint par l’histoire de l’ex-Yougoslavie. L’attaque du convoi les réunit. Le destin de Ranko vient irrémédiablement de tourner. Son oncle, Astrakan, scelle ce destin en lui offrant un jeu d’échecs. Le jeu de Svetozar Gligoric, le grand maître qui taillait ses pièces dans des bouchons de vin. Et lui demande de se battre – à la boxe et aux échecs, pour infiltrer le monde de l’art et dérober ses plus belles œuvres à Enki Bilal, le célèbre artiste. La guerre et l’amour planent comme des vautours. »

Pas mal, non ?

Le roman commence sur une Attaque de diligence, comme sera nommée l’enquête de la police.

Mais pour le reste, je n’ai aucunement l’intention de vous raconter l’histoire « à ma sauce » (je vous invite plutôt à découvrir dans ce roman celle de Brainman de sauce, la carbonara et une scène de cuisine et de table comme je les adore…), mais par quelques passages que j’ai aimés, quelques phrases trouvées belles, drôles, malines, touchantes, poétiques, vous donner envie de vous plonger dans ce roman que je n’hésite pas à qualifier de magnifique, le grand talent d’Ingrid Astier qui fait honneur à la Série Noire, c’est mon avis de lectrice. Quelques figures pour le don de la portraitiste, qui en deux ou trois phrases met des visages sous nos yeux, des obsessions, des visions, des éclats de texte :

« Dans la nuit lénifiante des banlieues, Brainman ( l’Ouvre-boîte )  et Miko ( la Sonnette) roulaient. Un tandem qui, au premier coup d’œil, n’évoquait jamais Laurel et Hardy. Ceux qui les croisaient n’avaient pas envie de se marrer. Quand vous tombiez sur leurs bobines, vous saviez tout de suite que vous n’aviez pas affaire au plombier. »

Il y a une scène d’amour et de complicité entre Brainman et son ami le Tokarev, absolument géniale.

L’autre duo est composé de One et One

« Astrakan les avait baptisés de la même manière pour être toujours sûr que l’un des deux réponde quand il appelait.[…]. Et comme chez les voyous, l’ego est un fléau, les fondre dans le même mot rabaissait d’autant la vanité. Pour finir, les deux n’étaient pas faits pour être particularisés. Ils devaient être un bloc uni, d’acier. Un rempart contre l’adversité. L’un était grand avec les cheveux très courts, du vrai gazon anglais millimétré qui aurait cramé blond sous le soleil d’Angola. L’autre était grand avec des cheveux bruns un poil plus longs. Courts, également, donc. Les deux avec de belles gueules de truands, le modèle classique où tout est carré, de la mâchoire à la mentalité. »

Les indics et autres intermédiaires d’un côté ou de l’autre ont pour nom la Sangsue ou la Murène, pas besoin d’en dire plus n’est-ce pas ?

La romancière met en scène aussi un monde de luxe qui m’est totalement étranger, avec ses dessus brillants et ses dessous pas toujours très propres, la presque irréelle Ylana avec ses bouts de mèches bleus ou mauves, sublimement vêtue de rien très cher, qui pleure devant une toile de Bilal et nage nue dans des aquariums. Les appartements luxueux, et une fascinante rencontre de chessboxing ( imaginé par Enki Bilal dans son album « Froid équateur » en 1992 , le chessboxing est devenu une véritable discipline ), les bulles de champagne, les voitures noires, blindées et immenses, avec chauffeur, bien sûr…Astrakan, fou amoureux de la belle et si jeune Ylana, sorte de Cendrillon des temps modernes en plus sensuelle et moins sage. Derrière ces gens, l’ombre de la guerre, et chacun panse ses douleurs et utilise son manuel de survie.

Et puis il y a Ranko, un prototype de haut vol qui déploie ses talents de grimpeur, boxeur, joueur d’échecs, amateur d’art, esthète, et cambrioleur:

« Il ne savait plus s’arrêter. Grimper pour voler le grisait.

Une drogue dure.

Tout ce qu’il gagnait, il le devait à cette élévation. Et il en était fier. La seule part de lui qui fréquentait le ciel. Et quand il voyait l’appartement des gens, il avait, profondément, l’impression de redistribuer la donne. Su ces centaines de mètres carrés, qu’est-ce qu’il prenait ? Quelques poignées. Celui qui ne s’en remettait pas avait vraiment un problème. 

Il ne leur volait pas leur âme et quant ils monteraient là-haut, pour saluer l’éternité, il les aurait délestés. 

Le matérialisme était un chien enragé. Toujours à mordre, toujours à japper. Lui, il n’avait pas cet esprit ratatiné, il ne faisait que transformer. 

Il était sur le passage, le changement de mains. 

La vie était ainsi. Et la mort, la dissolution absolue. »

En fait, j’ai du corner une page sur deux ( j’ai le droit, c’est mon livre !) et c’est si difficile ici de vous dire toute la richesse de ce texte ! 

Enfin, Stéphan Suarez, bon flic et personnage très sympathique lui aussi, obsédé par ce Gecko insaisissable:

« Suarez menait le groupe d’initiative. Cet os à moëlle, on ne le lui laisserait pas à ronger. Et n’importe quel flic détestait qu’on lui retire l’os de la gueule. Mais Suarez avait son os à lui.

Un os qu’il n’aurait confié à personne.

Même une maîtresse n’aurait pas pris autant de place dans sa tête.

Et cet os, c’était le Gecko.

Le plus beau cadeau que le banditisme lui ait fait.

Son cauchemar, aussi, son tunnel à lui. »

Je pense que dorénavant, même si c’est rare que j’y aille, quand je me promènerai à Paris, je lèverai les yeux vers les toits avec plus d’attention. Si par hasard j’apercevais le Gecko, Ranko revenu dominer la ville, Ranko le serbe, homme blessé par la guerre dans son pays, Ranko le solitaire, Arsène Lupin discret du XXIème siècle, homme-araignée qui fait des façades, des corniches, des toits son terrain de jeu, qui comme une pie va déposer ses prises dans un nid bien caché haut perché et dur d’accès. Gecko qui court sur les glissières des autoroutes, qui échappe encore et encore à Stéphan Suarez.

Le modèle de Ranko, Patrick Edlinger

C’est rien de dire que j’ai aimé cette lecture qui m’a fait du bien, qui m’a extraite de tout le reste pendant quelques heures, pour moi, plus que thriller, roman d’aventures à la manière d’un Dumas de notre temps peut-être. Elle nous offre la liste de tous les personnages à la fin du livre, mais je n’ai pas eu à l’utiliser tant je me suis immiscée dans le scénario, tant ces personnages ont chair qu’on ne les oublie pas . Etpuis, vous entrerez avec Ranko dans l’atelier de Bilal, avec lui vous regarderez ses créatures , vous croiserez l’artiste lors de la rencontre de chessboxing, Enki Bilal, si bien intégré à cette histoire, qui la rend si réelle et en même temps si romanesque…Quel beau travail…

En allant sur le site des Quais du Polar, vous pouvez accéder au replay des conférences dont une dans laquelle Ingrid Astier parle du travail en amont d’un tel livre et je trouve qu’elle-même est digne d’un de ses personnages de cette histoire, fougueuse, enthousiaste, impliquée dans son œuvre, fiévreuse.

Illustration visuelle et sonore

« Le Fleuve Caché » – Adrian McKinty – Gallimard/Série Noire, traduit par Patrice Carrer

fleuvecache« À sept fuseaux horaires de Belfast, vers l’ouest, la future victime était encore vivante et en bonne santé. Une jeune femme sûre d’elle, appréciée – et intelligente, qualité qui allait causer sa perte.

Avec l’aide d’une balle de calibre.22. »

J’ai trouvé d’occasion ce livre d’Adrian McKinty, alors qu’après l’avoir découvert avec « Une terre si froide », je m’étais dit que je lirais encore cet auteur. Ce roman – ci est plus ancien, et ne fait pas partie d’une série.

belfast-434345_960_720Bien qu’il débute en Irlande (Belfast), la majeure partie du roman se déroule dans le Colorado, à Denver et ses environs, avec une brève escale en Inde vers la fin.

Adrian McKinty m’avait plutôt impressionnée par son écriture, son ton acerbe et amèrement ironique. Son talent ici est le même. Car non content de nous donner un vrai polar avec une intrigue tortueuse, des personnages bien tracés, un héros attachant, il profite du voyage de son personnage Alex Lawson dans le Colorado pour donner une vision assez critique d’une certaine Amérique, celle en période électorale quand la quête commence pour financer les campagnes, et que la compromission fait loi.

McKinty balaie du regard de son personnage les paysages du Colorado, il scrute ses villes, ses habitants et son histoire ( la nation comanche est évoquée plusieurs fois) sans concessions, avec la curiosité du jeune homme et l’émerveillement de l’ami John qui voit « en vrai » ce qu’il connaissait par les films ou les séries. La réalité et ce qui va leur arriver ne va pas beaucoup les démentir.

denver-1043509__180Tout ça de façon habilement menée va nous ramener finalement à l’Irlande, l’UDA et l’IRA, la police, la politique, la pègre et le trafic de drogue…Bref ! Un tableau bien noir quand même. Quelques mots du héros, Alex, parce que ce genre de « profil » est à ma connaissance assez rare dans le polar, à savoir : il est jeune, et même très jeune, 25 ans, et déjà démissionnaire de la police après une carrière brève mais brillante. Il est intelligent et cultivé, curieux, le cœur encore tendre, il drague en disant à l’oreille des filles des poèmes de Yeats… Quand il apprend la mort de sa première conquête féminine, Victoria Patawasti à Denver, victime d’un meurtre, il accepte la proposition du père, qui doute de la culpabilité de l’homme qui a été arrêté, de se rendre sur place mener l’enquête, flanqué de son meilleur ami John. Il peut ainsi échapper quelques temps à la surveillance de la commission qui veut l’amener à témoigner dans une affaire qui ferait le plus grand tort à la police irlandaise.

Lentement tout se met en place et peu à peu la machine s’emballe, tenant le lecteur en haleine par le rythme et le suspense mais aussi par l’écriture, le style remarquable – une vraie personnalité – , des giclées de poésie un peu hors du temps:

« Lookout Mountain flotte dans la brume. Le ciel est calme, d’un bleu méditerranéen rayé par les diagonales incurvées des jets. Le calme devient plus profond, plus tendu. Un vide muet. Une absence qui plane engourdit les architectures. Il est encore tôt. Un chien errant. Un chat sans queue. Une fille en châle noir.

Les contreforts des montagnes, aussi proches qu’une araignée sur le mur.

Une  perspective à vue d’oiseau.

Cette rue dont la rectitude est encore soulignée par les angles parfaits des intersections. Les rayons du grand soleil, à l’est, aspirés latéralement.

L’inquiétude te tient par les cheveux.

Des ennemis partout, aux quatre points cardinaux, dans tous les azimuts.

Mais pas ce matin, sous l’azur où planent les nuages d’ivoire et cette étoile locale qui répand sa chaleur bienveillante.

Dire qu’il y a juste un instant, tout cela n’était que plaine mythique, espace de migration des bisons et de la nation comanche. »

 

des dialogues bien balancés, et beaucoup d’humour. 

« Tout cela rendait John philosophe:

-« C’est pas si mal, d’attendre. On remarque des trucs. Le temps ralentit, se décompose en ses éléments constitutifs. Notre conscience a trop souvent tendance à fonctionner sur pilote automatique, on met le régulateur de vitesse et on regarde passer la journée, la semaine, toute notre vie sur cette planète… »

D’où est-ce qu’il sortait cette psychologie à deux balles ? De son manuel de moto ? En tous cas, pas question que je morde à l’hameçon.[…]

-Vise un peu toutes ces étoiles! » s’est extasié John.

Il commençait à me gonfler, et je me suis consciencieusement abstenu de lever les yeux. »

gangeVraiment un personnage que j’ai aimé peut-être pour sa jeunesse, cette tendance à la blague et à tomber amoureux, sans perdre pourtant son côté pro, même s’il est sur la touche; ça change un peu des commissaires déclinants, proches de la retraite, dépressifs et /ou alcooliques ( bon, Alex a des vices lui aussi…). C’est un livre intelligent, drôle et sensible , qui porte je trouve, un regard original sur le monde. Adrian McKinty, encore une très belle voix irlandaise.