« Seules les bêtes » – Colin Niel – le Rouergue/Noir

seules« Les gens veulent un début. Ils s’imaginent que si une histoire commence quelque part, c’est qu’elle a aussi une fin. Que l’orage a cessé, qu’ils peuvent revenir à leur routine, épargnés qu’ils ont été. Ça se tient, je dis pas. Et puis ça rassure un peu. Il faut bien parce que ce qui s’est passé cette année-là, ça en a inquiété plus d’un. Ceux d’en bas dans la vallée, sur les marchés, dans les foires, ils la racontent encore, cette histoire. Ils inventent la moitié d’ailleurs, chacun a ses petits détails qu’il a rajoutés, qu’il peaufine les mois passant. À leur place je ferais pareil: ça fait des choses à dire, tout le monde cherche des choses à dire, sinon on n’existe pas. C’est humain. Bref. Lorsque les gens parlent de ça, leur début à eux, c’est celui de la télé. »

Découverte pour moi de Colin Niel avec ce formidable roman choral ( j’aime ça, le roman choral). Cinq  personnages racontent l’histoire d’un meurtre et leur implication dans celui-ci.

Ce livre m’a attiré d’abord pour le lieu où il se déroule, à savoir le Massif central, et connaissant un peu ces endroits je dirais les grands causses ( le Méjean ? ), le Mont Lozère et pour le gros bourg ( ou la petite ville, c’est selon ), Florac ( plutôt que Le Pont de Monvert, non ?).

En tous cas ce fut mon paysage pour cette lecture qui se finit dans un lieu insolite, une fin bien amenée et totalement inattendue.

« Il était pas bien tard, la lumière rasait les cheveux d’ange de mes parcelles, et ça faisait plein de petites vagues poilues au milieu de ce désert de ronces et de caillasses. Les vautours fauves rôdaient déjà là-haut, j’ai jamais trop aimé comme ils me regardent ceux-là. Je savais qu’il allait faire une chaleur à crever dans la journée et les brebis commençaient à chômer en se regroupant autour des pins. »

moutonsLe monde rural et en particulier ces endroits au relief difficile, aux routes rares et à l’habitat disséminé se prête parfaitement à l’intrigue proposée. Une femme  disparaît, laissant sa voiture abandonnée au départ d’un chemin de randonnée en plein hiver, alors que la neige rend tout plus difficile. Nous allons alors écouter les personnes touchées de près par cet événement dont on ne sait si c’est une disparition ( une fuite ) , un accident ( le causse est plein d’avens profonds où on peut tomber ) ou encore un kidnapping, voire un meurtre…C’est Alice qui commence, Alice l’assistante sociale qui parcourt les montagnes de ferme en ferme pour apporter de l’aide aux paysans, pour la plupart seuls, célibataires, très isolés. Elle les aide pour leurs démarches administratives et est en même temps une visiteuse avec laquelle discuter un peu. Bon, il est vrai que nos fermiers sont peu loquaces ici. Elle rencontre en particulier Joseph, elle est mariée elle-même à un éleveur de vaches Aubrac, Michel; ces trois là vont prendre la parole et raconter leur histoire ainsi que Maribé, jeune femme qui vit autant de vies que d’histoires d’amour, mon personnage favori, touchante, fragile, et puis enfin Armand dont je ne vous dit rien. L’auteur trouve pour chacun la voix, le ton, le langage, le fonctionnement mental avec beaucoup de justesse. Il n’embellit rien, il évite le factice et comme le pays l’histoire est rude. Colin Niel a mis en scène des personnes hors normes, toutes pour une raison ou une autre. 

Il serait plus qu’idiot de ma part de vous en dire plus, parce qu’il va falloir du temps pour arriver au bout…Et quelle fin ! 

Donc vous dire que je me suis régalée avec ce roman noir. Chaque personnage se dessine peu à peu à travers ce qu’il raconte, comme Joseph; un peu dérangé Joseph par tant de solitude. Il entend bouger son armoire Joseph, la nuit…Et il a de drôles de goûts en matière de compagnie. Mais je n’en dis pas plus !  Ce livre est formidable, je vous assure; bien écrit, bien campé dans ses paysages et ses figures, c’est aussi une vision des survivants de ces reliefs austères, sauvages et beaux mais siwinter-1205246_640 solitaires, un regard sur des gens et des lieux d’accès difficile tout ça en évitant toute forme d’angélisme. Et c’est peut-être bien l’axe de ce formidable roman, la solitude, où qu’on vive…Colin Niel nous fait rencontrer dans de drôles de circonstances ces gens qu’on dit « de la France profonde », et j’ai été emballée par cette histoire vraiment insolite jusqu’au bout. Gros coup de cœur !

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22 réflexions au sujet de « « Seules les bêtes » – Colin Niel – le Rouergue/Noir »

  1. Alors, celui-là, j’en ai une envie dingue !!!
    Mais il faut que je te dise, j’ai un problème. Un double problème …
    Le premier, c’est que mon téléphone a brusquement rendu l’âme, avalant la « petite » liste de livres que j’avais faite depuis ton blog afin d’avoir toujours et n’importe où de bonnes références sous la main. Envolée la liste. Finalement, ce peut être vu aussi comme une presque bonne nouvelle puisque je repars avec une nouvelle liste à remplir (ailleurs que dans le téléphone, j’ai compris !!), et de nouvelles envies.
    Mais hier, en rentrant, je suis tombée sur des sacs entiers de livres, proprement « abandonnés » sur le trottoir, et sans doute à la faveur d’un déménagement. L’invitation était trop belle, j’ai pris non pas un sac, mais un panier de livres ! Au moins un an de lecture garanti !

    Vais-je savoir être raisonnable ? …. Hum … Peut-être pas ! .D’ailleurs, celui-là, je le note. C’est un nouveau début …. 😉

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    • Ah ! c’est le Père Noël qui est passé rien que pour toi bien en retard !
      Sinon, je peux avec les outils du blog, retrouver tous tes commentaires, les isoler des autres et je noterai ceux où tu disais : JE LE VEUX ! Et ma petite liste perso rien que pour toi. Toujours se méfier des téléphones ! bises Marie

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      • Ah oui !!! Tu pourrais faire ça ? Génial !!! La technique, effets pervers, effets bénéfiques … Comme toujours, c’est notre comportement à nous qui est interrogé par la techno-sphère !!!

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  2. Je viens de le terminer. J’ai adoré. Problème : lorsqu’on commence ce livre … on ne le lâche pas. Prévoir 2 nuits bien écourtées. J’ai bien aimé Joseph, et son extrême solitude, dont on ne sait pas finalement dans quelle désespérance elle va l’emporter. Je l’aurais pensé plus sentimental, Joseph ! Pauvre Alice, dotée d’un mari et d’un amant, mais privée d’amour. Comme toi Simone, Maribé m’a touchée, Maribé et sa jeune vie toujours mal installée dans de sordides histoires, Maribé et sa machine à coudre … et puis Armand, vendeur d’amour … Tout ce petit monde est en recherche de bonheur, dans un paysage aussi sublime que dangereux, au sein duquel une femme va mourir d’une étrange façon. Une vraie belle lecture.

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    • Ah ! Contente que ce livre t’ait plu ! Oui, Joseph est …surprenant ! 😉
      Et puis Colin Niel parle par ce biais de la désespérance de ces petits paysans, loin des industriels de la céréale, ces paysans avec leurs moutons broutant une herbe sèche sur ces Causses majestueux où peu de choses poussent. Si ce ne sont de vieux garçons un peu bizarres…

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