« Lagos Lady » – Leye Adenle – Métailié Noir, traduit de l’anglais (Nigéria) par David Fauquemberg

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« Pour commencer, aller seul dans un lieu de drague au Nigeria n’était pas mon idée. Enfin, ce n’est pas tout à fait vrai. Le Nigeria était le pays où mon ex, Melissa, mi-nigé­riane, mi-irlandaise, était née, et je voulais avoir des histoires à lui raconter en rentrant. Je voulais aussi sortir de l’hôtel Eko et voir ce pays dont j’avais tellement entendu parler. »

Première lecture pour moi d’un auteur nigérian, et pas déçue du voyage. Beaucoup de choses ont déjà été écrites sur ce premier roman de Leye Adenle, j’ai évité de lire pour ne pas influencer mon avis. L’auteur était présent cette année aux Quais du Polar et je regrette de ne pas l’avoir rencontré, parce que ce livre-là m’a procuré un joli plaisir de lectrice. Je me console en fermant la maline dernière page : il reviendra !

Premier livre de ce qui  – n’en doutons pas – sera une série, et nous aurons donc le bonheur explosif de retrouver Guy Collins, journaliste anglais, un peu menteur (non, il ne bosse pas à la BBC), mais finalement plutôt intelligent et courageux. La narration qu’il fait de ses aventures à Lagos ( mésaventures, devrais-je dire ! ) est plutôt comique parce qu’il ne comprend pas grand chose au mode de fonctionnement de cette ville et de ses habitants. Puis voici la merveilleuse, courageuse, bellissime Amaka, avocate qui se bat sans relâche pour la protection des prostituées, nombreuses dans cette ville où règne le crime. C’est ce personnage que j’ai bien sûr le plus aimé dans ce roman. Parce que c’est bien la seule qui soit vraiment claire avec elle même, droite jusqu’au bout. Elle se met sans cesse en danger pour ses sœurs. L’auteur par ce biais nous raconte les destinées de ces femmes venues d’ici ou là, de la campagne nigériane mais aussi du Togo ou du Ghana, et qui se retrouvent livrées à la rue, aux bordels ou aux fous furieux.

« Son boulot était vraiment frustrant. Il exigeait une patience surhumaine, et un grand sens du sacrifice. Comment pouvait-elle veiller sur toutes ces filles, si elles-mêmes ne faisaient pas attention ? Chaque jour, à chaque nouvel appel, à chaque nouvelle fille qu’elle essayait de protéger, elle sentait une petite partie d’elle-même glisser dans leur monde, dans les fissures obscures où elles vivaient, et où le sexe et la perversion cohabitaient librement avec la violence et la mort. Chaque jour, une partie de son être était gommée, pour laisser la place à la peur et à l’inquiétude qu’elle éprouvait pour chacune de ces filles. »

On croise dans les rues de Lagos de gros nababs richissimes –  et enrichis comment ? – et de pauvres types bien méchants, bien obtus, hommes de main à géométrie variable, aux surnoms tels que Go-Slow, Knockout ou Catch-Fire, vendus au plus offrant.

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À Lagos, où tous les vices sont partout, on pratique aussi le « juju » , bien pratique pour les véreux. Quant à la police…Faites la connaissance du sergent Hot -Temper, et vous en aurez une idée plus précise. Il serait dommage de dévoiler le nœud de l’histoire, mais en tous cas croyez-moi, on ne s’ennuie pas une seconde. La 4ème de couverture évoque Tarantino et  j’adhère totalement à cette comparaison ! Certaines scènes peuvent froisser les âmes sensibles à la violence.

Pour moi ce roman est avant tout un plaidoyer pour les femmes victimes de la misère, de la violence des hommes et des coutumes abjectes un peu partout dans le monde et Amaka  est le resplendissant symbole du combat mené pour ces femmes. Mais c’est aussi un très bon suspense tenu grâce à un rythme soutenu, une écriture vive et pleine de clins d’œils drôles sans compter une intéressante et instructive quoique mouvementée promenade à Lagos . 

Bande-son et quelques images: Juju Music 

 

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9 réflexions au sujet de « « Lagos Lady » – Leye Adenle – Métailié Noir, traduit de l’anglais (Nigéria) par David Fauquemberg »

  1. Ce livre me fait penser à Chimamanda N’Gozy Adichie et son « Americanah »! La culture du Nigeria semble vraiment particulière, accrochée à ses croyances. Mais la culture occidentale possède aussi les siennes…Un article qui donne envie!

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    • Rhâââ ! Pas encore lu cet Americanah, mais je le ferai ! Oui, tu as raison, description de croyances qui au fond sont un usage pratique pour avoir des pouvoirs bien concrets et pas magiques du tout. Le « juju » est dans la culture yoruba

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  2. Celui-là, je vais mettre la main dessus et le lire. C’est glauque mais ce n’est pas gratuit semble-t-il, ça m’intéresse.

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    • C’est vrai qu’on peut ne pas aimer à cause de la violence, du point de vue; l’auteur a choisi le regard du journaliste anglais, venu presque en curieux, et qui se retrouve dans un truc qui le dépasse, lui et sa culture, confronté à ce pays d’Afrique entre hyper modernité et archaïsme total

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  3. J’avais beaucoup aimé ! Le rythme est intense et on découvre une autre vision du Nigeria (dans Americanah on ne voit que les familles bourgeoises). Je suis ravie que tu aies aimé comme moi. Hélène a eu, à l’inverse l’impression d’étouffer.

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