« Cassandra » – Todd Robinson – Gallmeister/ Neonoir, traduit par Laurent Bury

Cassandra« Le garçon avait huit ans lorsqu’il apprit la haine. »

En faisant mes achats, j’ai hésité entre ce « Cassandra » et « Corrosion » qui, lui vient juste de paraître. Mon choix s’est déterminé sur le fait que « Cassandra » est un livre drôle – bien que cette première phrase n’en soit pas la preuve ! -, et pas l’autre.

« …au cas où vous ne seriez pas au courant, les rues de Boston sont comme un rêve érotique pour les automobilistes.Contrairement aux villes planifiées, à Boston, on s’est contenté de paver les vieilles routes à chevaux. Il n’y a jamais un itinéraire direct d’un point A à un point B . Pour arriver à B, il faut d’abord prendre la direction du point N , tourner à gauche, continuer au nord jusqu’au point racine carrée de 173, revenir à N, puis demander son chemin. »

file000569486742J’avais besoin d’humour, et si effectivement j’ai bien rigolé, ce livre n’en est pas moins assez brutal. Ça ressemble assez à la violence un peu outrancière des dessins animés, où l’on voit des personnages broyés, écrasés, cassés, mais qui s’en sortent plutôt pas mal, une violence comique, si j’ose dire. Et j’ai aimé, beaucoup, parce que bien sûr, le contenu ne s’en tient pas à la rigolade. J’ai particulièrement été touchée par la très belle histoire d’amitié entre les deux personnages principaux. Junior et Boo sont videurs dans un club miteux de Boston, et vont être engagés par le procureur de Boston pour retrouver sa fille Cassandra, fugueuse de 14 ans.

« Junior et moi, on assurait la sécurité tout seuls : je gardais la porte pendant que Junior surveillait les trois étages de la boîte. A nous deux, on pouvait faire la police sans mal au milieu de quelques dizaines d’ados squelettiques. On était moins des videurs que des baby-sitters, avec notre poids combiné de deux cent quinze kilos (surtout les miens) et nos dix mille dollars de tatouage (surtout ceux de Junior). » 

Junior et Boo se sont connus enfants et ont grandi ensemble dans un orphelinat. Leur relation, ponctuée de « connard », « trouduc », « morveux » et autres mots doux, est en fait pleine du soin de l’autre, d’un attachement indéfectible, de dépendance affective et d’une complicité de jumeaux:

« Junior haussa les épaules;

– Qu’est ce que tu veux que je te dise? T’es un salopard égocentrique et narcissique.

Je le foudroyai du regard et il éclata de rire. Puis ce fut mon tour. On ricana comme seuls peuvent le faire deux amis quand ils sont au plus bas. »

DSC_6952Nos deux compères se retrouvent vite engagés dans des rouages sordides, et tentent d’en extirper la jeune Cassandra tout en sauvant leur peau. Et ce n’est pas tâche facile. Ce livre ne finit pas bien, ni mal. Il n’y est pas question de morale au sens habituel; on y boit – trop -, on y fume des substances illégales – pas mal -, on y vomit énormément pour tout un tas de raisons et on y tombe en dépression tout autant. Cependant pas le lecteur, qui jubile. Avec ce genre de début de chapitre:

« Dans le rêve, je mangeais un énorme sandwich italien. Vraiment très gros. De la taille d’une table basse. Puis les poivrons rouges se sont mis à sonner et je me suis réveillé. Même mon inconscient me cassait les couilles.

Ha-ha-ha. J’avais les yeux plus gros que le ventre. Très subtil.

Putain de cerveau. »

Très bon premier roman, très bonne traduction, je trouve, avec du rythme, un gros bazar au milieu du livre où l’histoire part dans tous les sens, mais ce n’est pas important, on est déjà attaché à Boo et Junior, un chouette duo d’enfer. Alors forcément, on espère et on se dit : « Pourvu qu’on les retrouve ! …Et vite ! »

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8 réflexions au sujet de « « Cassandra » – Todd Robinson – Gallmeister/ Neonoir, traduit par Laurent Bury »

  1. Avec Gallmeister et cette collection de noirs en particulier, j’hésite de plus en plus. J’ai l’impression que ça tourne un peu en rond. Par exemple, je sais que tu le suis, je ne regarde plus les vidéos du Rouquin bouquine qui s’extasie tout le temps sur ces romans, quasi toujours dans les mêmes termes….

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    • Tu as plutôt raison, avec le Rouquin, je n’ai pas tout écouté.Après, fan moi-même parfois, je peux comprendre. Non, les livres de cette série sont assez différents. Mon préféré reste Whitmer, la plus forte écriture, les autres sont plus « anodins » je dirais, mais j’aime bien quand même, du vrai noir, qui détend ( sauf Whitmer et à priori « corrosion » de Bassoff est assez impressionnant.)

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  2. L’itinéraire « bostonien » m’a fait grand-sourire … Si le reste est à l’avenant, ce livre me tenterait bien (d’ici quelques mois, quand j’aurai fini ceux qu’on m’a prêtés ou offerts, et qui forment encore une montagne impressionnante à côté de mon lit !!!)

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