« Nature morte » , Louise Penny – Actes Sud/Babel Noir, traduit par Michel Saint-Germain

« Melle Jane Neal se présenta devant Dieu dans la brume nature mortematinale du dimanche de Thanksgiving. Ce décès inattendu prit tout le monde au dépourvu. La mort de Melle Neal n’était pas naturelle, sauf si l’on croit que tout vient à point nommé. Si c’est le cas, Jane Neal avait passé ses soixante-seize années à s’approcher de ce dernier instant où la mort vint à sa rencontre, dans une érablière aux tons ardents, près du village de Three Pines. Elle tomba bras et jambes écartés, comme si elle avait voulu former la silhouette d’un ange dans les feuilles mortes aux couleurs vives. »

deer-441435_1280Ainsi commence ce petit polar québécois ( écrit en anglais ): le décor champêtre est planté dans une époque caractéristique du lieu, Thanksgiving, à une saison où le Québec offre tous ses charmes. Communauté paisible, automne flamboyant, village d’artistes et de gens tranquilles, grands cerfs au fond des bois et chasse à l’arc…Tout y est, et Louise Penny va s’amuser avec tout ce qu’on peut qualifier de clichés, les mêlant avec malice afin de les dénaturer un peu, pour camper ici son crime et l’enquête de l’inspecteur-chef Armand Gamache, homme attentif, observateur, calme, humain et juste, un type bien, quoi !

Bien évidemment, j’ai pensé à Agatha Christie en lisant ce livre, bien que d’un ton plus ironique; des gens « ordinaires » mais qui se révèlent troubles, un tâtonnement lent et patient jusqu’à la résolution, une analyse des caractères assez fine. Bon, ce n’était pas tout à fait ce qui me faisait envie comme lecture en ce moment ( après le Chardonneret qui m’avait passablement contrariée..), un peu trop tranquille et sage, mais j’ai quand même trouvé des qualités à cette écriture, dont l’humour a été pour moi le trait le plus sympathique.

« En vingt-cinq années passées à Three Pines, elle n’avait jamais, au grand jamais entendu parler d’un crime. Si l’on verrouillait les portes, c’était uniquement pour empêcher les voisins de venir déposer chez soi des paniers de courgettes au moment de la récolte. Bien sûr comme le disait clairement le titre de « La gazette » il y avait une autre culture d’une envergure égale à celle des courgettes : la marijuana. Mais ceux que ça ne concernait pas fermaient les yeux. »

autumn-hunting-towers-208101__180Ou encore :

« Chaque année, des chasseurs tiraient sur des vaches ou des chevaux, sur des chiens et des chats, et les uns sur les autres. Incroyablement, il leur arrivait de se tirer eux-mêmes, peut-être au cours d’un épisode psychotique où ils se prenaient pour du gibier. Les gens intelligents savaient que certains chasseurs – pas tous,  seulement quelques-uns – ont de la difficulté à distinguer un pin d’une perdrix ou d’une personne. »

Les polars de Babel Noir sont d’habitude un peu plus puissants côté suspense et tragédie, un peu plus sombres. Cette ambiance rurale et bon enfant où évoluent des artistes farfelus qui ont plus ou moins « réussi »,  et des chasseurs à l’arc qui tirent à peu près sur chaque feuille qui tombe, cette ambiance est un peu surprenante dans cette collection ( je m’y suis fait prendre, d’ailleurs ! ). Ce roman est le premier d’une série dans laquelle on retrouve Armand Gamache, flanqué de Beauvoisin, son collègue et ami et d’Yvette Nichol, nouvelle venue dans la brigade, au caractère de cochon. 

deer-664604_1280Ainsi se déroule tranquillement cette enquête (un peu trop tranquillement pour moi),  de la forêt au coin du feu, pas à pas, mais avec un esprit bienvenu. Ce genre de roman policier plaira à celles et ceux qui n’aiment pas la violence, qui ne veulent pas trop de noirceur ( il n’y en a pas ici ), et qui ont envie d’un peu de fraîcheur québécoise en ces jours plombés par la canicule ! J’ai croisé Louise Penny aux Quais du Polar, une dame grande et mince qui sourit beaucoup, l’œil aussi malicieux que sa plume – je trouve que la malice est ce qui caractérise le mieux son écriture – . Lecture sympathique, parfaite pour se reposer le cerveau, mais je ne peux pas dire que ce soit ce que je préfère . Néanmoins, je trouve bonne l’idée de faire du polar rural, car les hommes et la nature humaine sont les mêmes partout, non ?

landscape-660277_1280Voici la fin, qui annonce les livres qui suivent et qui reflète parfaitement l’ambiance générale du roman ( vous y trouverez aussi la tranquillité et la gentillesse qui m’ont un peu ennuyée) :

« Au sommet de la colline, Armand Gamache arrêta la voiture et sortit. Il regarda le village et son cœur s’éleva vers eux. Il regarda les toits des maisons et imagina, en-dessous, les gens bons, gentils et imparfaits qui se débattaient avec leur vie. Des gens promenaient leurs chiens, ramassaient les feuilles d’automne qui chutaient inlassablement, tentaient de devancer la neige qui tombait doucement. Ils allaient faire leurs courses au magasin général de Mr Béliveau et acheter des baguettes à l’encadrement de la boulangerie de Sarah. Olivier, debout dans l’encadrement de la porte du bistro, secouait une nappe. La vie était loin d’être désagréable ici. Mais elle n’était pas immobile non plus. « 

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12 réflexions au sujet de « « Nature morte » , Louise Penny – Actes Sud/Babel Noir, traduit par Michel Saint-Germain »

  1. Je l ai aussi trouvé agréable, j en ai lu un deuxième, pareil et puis stop. C est une lecture quand on veut se vider la tête, mais sans plus.

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  2. J’aime aussi l’idée du roman policier rural. Je me laisserai peut-être tenter pour une récréation…Mais là, je suis dans les lettres de Neil Cassady, deux volumes, c’est jubilatoire pour l’instant!

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  3. J’ai lu les trois romans parus les uns à la suite des autres, conseillée par quelqu’une qui avait beaucoup aimé. Mais comme tu le dis, pas la moindre violence, des personnages sympas, une légèreté agréable sans plus, des énigmes genre Agatha Christie, à mon avis trop gentillet, pas de monde réel dans lequel s’ancrer, c’est un peu long surtout les 3 à la suite. Je n’en lirai pas d’autres.

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    • Oui, je comprends bien ça, j’ai trouvé que c’était plaisant, mais j’aime les polars un peu plus « corsés « ; néanmoins une lecture plaisante de temps en temps pour la détente. Mais j’ai une telle liste de titres en retard, d’autres auteurs – dont certains que je vais découvrir-, que je ne pense pas relire Louise Penny d’ici un moment. Ce qui ne veut pas dire que je ne lirai rien d’autre d’elle. 😉

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