« La dernière frontière » de Howard Fast – Gallmeister/Totem, traduit par Catherine de Palaminy

poche og1De retour une fois de plus dans l’histoire du Far – West ; dépouillé de ses mythes, mis à nu par une plume irréprochable, lucide et poétique. Un texte tendu comme le sont les nerfs des protagonistes. Impressionnante – et effrayante –  histoire vraie , romancée en 1941 par Howard Fast, et avec quel talent.

Au début, je n’étais pas sûre que ça me captive, mais très vite j’ai été happée par l’écriture un peu hypnotique de Fast, et puis très touchée par le sujet lui-même, un hommage vibrant à la noblesse de ce peuple Cheyenne .

En 1878, les Indiens Cheyennes sont déportés en Oklahoma, terre aride où un soleil brûlant règne dans un ciel de plomb, bouclant ainsi l’asservissement programmé de ces natifs, enfermés dans des réserves. Mais un jour, un groupe de 300 de ces Cheyennes, affamés, assoiffés, brûlés par la canicule, 300 hommes, femmes et enfants s’enfuient pour retourner chez eux, dans le Wyoming, près des Black Hills et de la Powder River, là où vit encore du gibier, là où l’herbe est verte, là où sont leurs racines, leur territoire. Alors commence un voyage hallucinant; contant la poursuite de ces évadés par un, puis deux, puis trois, puis de nombreux autres bataillons d’infanterie, Howard Fast entre dans l’esprit des hommes, ces soldats dont certains, intelligents, voire sensibles, doutent de leur « mission », d’autres tout à fait adaptés à cette tâche : capturer ces sauvages et les ramener là où on leur impose d’être.

L’auteur a une  belle capacité à nous rendre cette poursuite vivante – j’ai cru regarder un film, souvent – avec toujours beaucoup de nuances, mais quand même, on sent bien son attachement à cette nation Cheyenne. Et forcément, on est admiratif, et bouleversé par Little Wolf, ce vieux chef qui dit et répète qu’il ne veut pas la guerre, mais ramener son peuple chez lui, impressionné par les talents stratégiques des Indiens, sur leurs poneys, pour échapper inlassablement aux soldats.On est triste, parce qu’on connait la fin, mais on se laisse prendre, et on espère, quand même.

Gen._Nelson_A._Miles_-_NARA_-_528332« Les Indiens étaient pour lui une perpétuelle énigme. Pourtant il les comprenait mieux qu’aucun autre de ses camarades. Mais ce peuple qui tenait tête à des événements plus forts que lui, qui se battait inlassablement, même contre tout espoir, le stupéfiait. Murray n’arrivait pas à croire que ces Indiens avaient un idéal de liberté et d’indépendance semblable à celui des Blancs. Il attribuait leur résistance à un entêtement primitif, à une volonté de suicide racial, et il se jugeait un peu responsable de leur attitude. »

Parmi les soldats, plusieurs sont sympathiques, on les voit se débattre entre leur humanité et leur fonction qui est de faire respecter la loi, aussi stupide soit-elle.

L’hiver, la faim, la soif, le froid, peut-être plus que l’armée, auront raison de ces Cheyennes, braves, solidaires, superbes même dans la déroute.

A-Southern-Cheyenne-Camp-c1879« Et ils ne veulent pas mourir. Il faut le comprendre. Ils ne sont pas en train d’exécuter un raid. Ils rentrent chez eux dans le Nord, dans la région de la Powder River. Ils savent à quel point c’est impossible, et à cause de cela ils ont perdu tout sentiment de crainte. Ils sont déjà morts. Il faut connaître les Cheyennes pour les comprendre. Et parce qu’ils sont morts il ne peut rien leur arriver. »

J’ai vraiment aimé ce livre. Aussi nombreux que soient les romans écrits sur l’histoire des Indiens, sur la conquête de l’Ouest, chaque point de vue apporte une nouvelle perception, un nouvel angle de réflexion. Ici, servis par une très belle écriture et une grande finesse de l’analyse psychologique des poursuivants, du plus borné au plus sensible.

640px-William-Tecumseh-ShermanAu passage, une présentation du général Sherman qui ne nous le rend pas très sympathique ( parce qu’il ne l’est pas, sans doute ! ) Les paysages contribuent eux aussi  à la tension qu’on ressent tout au long du récit: le soleil impitoyable, puis le sable des dunes qui s’infiltre partout et rend la marche des chevaux fourbus épuisante, puis la neige et le froid glacial . Parce que l’armée voit sans cesse les fuyards leur glisser entre les doigts, parce que peu à peu, tous sont atteints par le manque de sommeil, de nourriture, d’eau, là aussi, une forte tension nous tient,  alors on lit sans s’arrêter, comme ne s’arrête pas la poursuite des Cheyennes qui, rien d’autre, veulent retourner chez eux.

Little WolfAu fond, une belle et profonde réflexion sur la guerre ( car c’est ici bel et bien une guerre contre la liberté ), sur l’obéissance aussi et le sens du devoir: qu’est réellement le devoir  celui de l’homme ou celui de la fonction qu’il occupe ? Vaste sujet…Lire la page 95 , et le dilemme du général Murray, un de mes personnages préférés, avec Little Wolf.

Voici donc encore un coup de cœur Gallmeister, que je vous conseille vivement. Je vous invite à lire sur le site de l’éditeur une biographie de l’auteur.

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25 réflexions au sujet de « « La dernière frontière » de Howard Fast – Gallmeister/Totem, traduit par Catherine de Palaminy »

  1. Nous sommes connectées! Je lis en ce moment « le jeu des ombres » de Louise Erdrich. Les indiens contemporains. L’histoire compliquée d’une famille métissée dont le mari est peintre. On y rencontre aussi Georges Catlin, le peintre controversé du peuple indien, étudié par l’épouse. Les déchirures de cette famille sont l’occasion d’exprimer celles de leur peuple.

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  2. Cette société d’édition, Gallmeister, que j’ai découverte grâce à toi avec John Cgraig et Dorothy Jonhson, a l’air vraiment sympa.
    Sur la question des indiens, j’ai lu il y a longtemps « Enterre mon coeur à Wounded Knee » qui n’est pas un roman mais se lit comme si c’en était un, avec en arrière fond la pensée que comme c’est vrai, c’est encore plus affreux.
    J’aime beaucoup Louise Erdrich aussi, mais je n’ai pas lu celui que tu cites comme étant son meilleur, encore un à rajouter à la liste qui s’allonge…

    Encore un Craig à lire : j’ai un peu moins aimé « l’indien blanc », parce qu’il se passe à Philadelphie et que je préfère le Wyoming et ses hivers glacials qui m’enchantent (pas comme dans la vraie vie, où je déteste l’hiver et la neige) .
    Après je m’attaque à L.F. Despreez.

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    • C’est drôle ! l’indien blanc est aussi celui que j’ai le moins aimé ( même si l’écriture est toujours aussi bonne ) et pour la même raison que toi. Quant à Erdrich et ce livre préféré, je ne dis pas que c’est le meilleur, mais c’est celui que je préfère et je crois que toutes les personnes de ma connaissance qui ont lu Erdrich pensent la même chose. Derrière, je mettrais volontiers « La chorale des maîtres bouchers », le premier que j’ai lu d’elle.
      Quant à Gallmeister, je pense que c’est un des meilleurs éditeurs du moment, je lui dois plein de mes plus belles lectures, il fait un travail remarquable. Si tu mets son nom en « recherche » sur mon blog, tu vas trouver tous ces livres plus un article qui lui est consacré ( genre chant d’amour, tu vois 🙂 ) intitulé « Sur les traces d’Oliver Gallmeister, un éditeur à l’Ouest »

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    • C’est drôle ( ou pas d’ailleurs ! ) mais c’est aussi « l’indien blanc » qui m’a le moins accrochée et pour la même raison que toi ( même si l’écriture est toujours impeccable ). Ce livre d’Erdrich est SELON MOI son meilleur, ou en tous cas celui que je préfère et c’est le cas de nombreuses personnes qui ont lu cette auteure. Ensuite je mettrais « La chorale des maîtres bouchers », le premier lu d’elle.
      Quant à Gallmeister, c’est pour moi un des meilleurs éditeurs du moment, moi qui aime tant la littérature américaine, je lui dois des lectures superbes et en tous genres. Si tu tapes Gallmeister dans le cadre de recherche sur mon blog, tu vas voir un tas d’articles sur des livres édités chez lui, et un article, sorte de chant d’amour ( 😉 ) à cet homme et à son travail  » Sur les traces d’Oliver Gallmeister, un éditeur à l’Ouest », et là, tu en sauras plus sur lui !
      « Enterre mon coeur à Wounded Knee » est sur ma liste depuis un moment…

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    • je pète les plombs… appeler Craig Johnson, John Craig… je m’en suis rendu compte en commençant la lecture d’enfants de poussière hier soir… pourquoi je n’arrive pas à me rappeler son nom dans le bon ordre ???

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  3. Merci pour cette lecture….qui m’interpelle…. moi aussi je me plonge actuellement chez les indiens (entre autres – les comanches) en lisant l’épopée générationnel « Le Fils » (de P. Meyer) 150p sur 670 – et pour le moment formidable)

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  4. Ah tiens … ! Je ne me souvenais pas que tu avais parlé de ce livre.
    Celui-là, on me l’avait offert : bonne pioche ! Comme toi, au début je n’étais pas sûre qu’il allait me parler. Et puis, … Pour dire vrai, j’ai SOUFFERT pendant toute la lecture, et cette histoire impitoyable et malheureusement vraie, relatée ici, m’a vraiment et durablement marquée.
    Un livre à découvrir absolument ….

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