« Les neuf cercles » de R.J.Ellory – Sonatine éditions, traduit par Fabrice Pointeau

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Titre original : « The Devil and the River »

Encore un roman impeccable de Ellory.Trame qui se complexifie au fil des pages, intrigue incarnée par des personnages troubles ou troublés, écriture superbe, comme toujours pleine de poésie, arrière – plan sociologique des années 70 dans le Sud ( le Ku Klux Klan, la ségrégation, …), sans oublier le cœur et l’esprit brûlants de Gaines, notre flic, se consumant toutes les nuits des traumatismes de la guerre du Viêtnam ( cette guerre maintes fois rencontrée au fil de la littérature américaine du XXème siècle et qui continue à l’irradier au XXIème ).

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Photo : Icemanwcs

« Il se rappelait des victimes de viol. Des filles, au Viêtnam – des enfants – , dont la lumière intérieure semblait s’être éteinte. Elles étaient là, mais plongées dans les ténèbres. Certaines s’étaient suicidées. Un jour il avait vu une gamine qui n’avait pas plus de 12 ans saisir une arme de poing et se tirer une balle dans la tête. Elle était agenouillée avant de mourir, et elle l’était toujours après, ses yeux ouverts fixant le vide comme si elle y cherchait encore son innocence et sa naïveté perdues. »

De nombreux personnages, bien dessinés, tous les maillons d’une chaîne qui emmène le lecteur au dénouement, à travers les méandres d’une histoire de famille, d’histoires d’amour et d’amitié, toujours décrites avec finesse, et histoire aussi de ce Mississipi des années 70. Encore un roman de Ellory qui tient son lecteur d’un bout à l’autre.

Le corps d’une jeune fille disparue depuis 20 ans est retrouvé enterré dans la vase au bord de la rivière, mais son cœur lui a été enlevé et remplacé par un étrange et effrayant symbole.

« Ils restèrent un moment immobiles, presque incapables de la regarder, puis ils se remirent silencieusement au travail. Seuls résonnaient les halètements et les grognements que leur arrachait l’effort tandis qu’ils la libéraient de la noirceur de son tombeau et la déposaient sur la bâche.

Et la pluie tombait, et la pluie était noire, et elle ne cessait pas. »

 Escapedtowisconsin –  Photo/Paul M. Walsh512px-KKK_Burn_resubmit

J’ai aimé ce livre, j’aime cet auteur ( j’ai lu tous ses livres), mais là, malgré la beauté du roman, celle de l’écriture qui envoûte, j’ai été perturbée par les nouvelles infos sur l’auteur, membre de l’Eglise de Scientologie depuis 1986, haut placé dans la hiérarchie…Et j’ai du mal avec ça, du mal à séparer l’homme et l’écrivain, parce je ne pense pas qu’il y ait une différence entre les deux; bien que certains disent – en faisant de la psycho de bazar, ce dont je me garde – que les écrivains sont schizophrènes ( qui connait un être atteint de cette terrible maladie ne fera jamais telle comparaison, croyez-moi…) . Je me suis mise à distance pendant cette lecture pour être attentive,  je ne me suis pas immergée sans réserve. Et n’ai pas trouvé quelque prosélytisme que ce soit et si ç’avait été le cas, je l’aurais posé et fermé tout de suite. On avait déjà surpris le grand roux si aimable la main dans le sac, ou plutôt sur le clavier, se mettant des commentaires élogieux « anonymement » sur les sites de vente de ses livres, en profitant pour médire de ses confrères…Pas joli joli, tout ça, mais bon, pardonnable assaut de sottise infantile – étonnante quand même chez un homme tel que Ellory – , un peu bête. Sans doute qu’il n’est pas le seul, sans doute d’autres que nous aimons commettent de petites crapuleries, ou fréquentent des milieux que nous trouvons infréquentables, c’est probable, mais pour moi, tant que je ne le sais pas, ça ne change rien à ma lecture. La Scientologie, ça craint, quand même…Et si je ne l’avais pas su , j’aurais bien plus apprécié ce bon roman.

Ce qui m’inquiète aussi, c’est cette propension à la cachotterie, voire au mensonge…Est-ce qu’un jour on nous apprendra quelque chose de bien plus perturbant encore pour les lecteurs que nous sommes ? J’ai raté Ellory aux Quais du Polar en 2014, je l’ai beaucoup regretté, je ne savais pas encore ce lien étroit avec Ron Hubbard, et tout ça est bien dommage, vraiment.

Lire cet avis ( que je partage dans les grandes lignes ) et cet article France Culture. Un personnage romanesque, Ellory ? C’est assez vrai, mais dans un roman nos sentiments envers les personnages varient.

« Kenny n’avait pas examiné la question sous tous les angles, mais il était certain d’une chose : ce qu’on méritait et ce qu’on avait n’était jamais la même chose. Absolument jamais. »

Gaines écoute en boucle Cry Baby, de Janis Joplin, ici, déjà ravagée, durant l’été 1970 au Canada. Elle meurt le 4 Octobre de cette même année d’une overdose.

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7 réflexions au sujet de « « Les neuf cercles » de R.J.Ellory – Sonatine éditions, traduit par Fabrice Pointeau »

  1. J’ai pris du retard avec Ellory. Au début, j’ai lu les romans quand ils sortaient ou quasi, et puis plus, pour tant, j’ai beaucoup aimé tout ce que j’ai lu, vraiment beaucoup même, mon préféré restant « Seul le silence » : un vrai choc. J’en ai un dans ma PAL, qui me plaira sûrement…

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    • D’accord avec toi, « Seul le silence » est aussi celui que j’ai préféré, celui que j’ai le moins aimé est peut-être « Vendetta », et encore, c’est tout de même au-dessus de la moyenne. J’aimerais bien qu’on ne me dise pas un jour, que ce n’est pas lui qui écrit, tu vois ?

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  2. Je crois que Seul le silence fait l’unanimité. C’est en effet un premier roman remarquable, j’avais aimé son atmosphère à la fois angoissante et mélancolique. Vendetta et Les anonymes m’ont semblé en-dessous, malgré d’évidentes qualités. Du coup, je n’ai pas continué ma découverte d’Ellory. En revanche, ayant entendu dire que ce dernier opus serait meilleur que ses derniers titres, j’avoue que je suis tentée…

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    • Plutôt d’accord sur Vendetta et Les anonymes, mais j’ai bien aimé « Mauvaise étoile », j’ai aimé son rythme et le côté implacable de l’histoire; Les anges de New York m’a moins marqué. Ce dernier est, oui, vraiment bon. Rien à faire : quelle belle écriture !

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    • Tu sais, j’ai mis très longtemps avant de lire du polar, et un jour, je n’avais rien à lire et sur la bibliothèque j’avais « La reine des pommes », que j’avais du récupérer quelque part dans un lot de vieux bouquins. Et alors, j’ai été emballée ! Depuis j’ai exploré le genre et ses variantes ( j’ai bien aimé la série du Poulpe, par exemple ), et il y a eu Izzo, et ensuite tous les scandinaves ( Sjöwall et Wahlöö, Mankell… ) et forcément tous ces grands américains, avec des choses si différentes d’un état à l’autre; c’est d’une richesse inouïe, j’adore ça , ce qui ne me confine pas à ce genre non plus, parce que je reste curieuse du reste. Oui, Ellory est une superbe plume.

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  3. C’est toujours difficile d’apprendre qu’un auteur que l’on aime a des convictions qui ne sont pas belles, belles, ou en tous cas que nous ne partageons. Pour les acteurs aussi. Tom Cruise, bon acteur, je trouve, fait aussi partie de cette église douteuse. Comme toi, j’aimerais mieux ne pas savoir, mais comme tu le dis aussi personne n’est parfait. Je partage ton analyse sur les polars des US car le pays est si vaste que l’on découvre un autre pays par état, malgré l’unité de language. Merci pour Janis, je l’ai intégrée dans mon dernier roman pour enfants comme tant d’autres de cette époque riche en musique et événements.

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