« Le duel » de Arnaldur Indridason, Métailié Noir, traduit par Eric Boury

Layout 1C’est toujours un grand plaisir de retrouver l’écriture du non moins grand Indridason. Après une échappée dans un autre univers avec « Le livre du roi », retour dans la police de Reykjavik. Comme dans les précédents épisodes, où l’auteur approfondissait  ses personnages – Sigurdur Oli  dans   » La muraille de lave » et Elinborg dans « La rivière noire » – Indridason raconte Marion Briem,  qui formera Erlendur et restera sa référence, professionnelle en tous cas.

Sur fond de guerre froide, l’action se déroule à Reykjavik en 1972, envahie de touristes et de journalistes, en raison des championnats du monde d’échecs qui opposèrent l’Américain Fischer au Russe Spassky .

Un jeune homme un peu simple  est assassiné dans un cinéma, et le magnétophone sur lequel il enregistrait les films a été volé. L’enquête tourne très vite au roman d’espionnage, ce qui donne un intérêt historique particulier à cette lecture ( ce n’est pas la première fois chez Indridason ) . Le tournoi d’échecs et l’enquête prennent alors une dimension politique et stratégique qui va bien au-delà du jeu et de la simple résolution d’un meurtre. 

WEB_FEATUREEt puis, comme Indridason aime et sait donner de l’épaisseur à ses personnages , il confronte Marion à ses souvenirs d’enfance et d’adolescence, quand la tuberculose sévissait. Une description éprouvante montre  la vie des sanatoriums et surtout des traitements terribles, mais indispensables à cette époque, infligés aux malades.

. » En tous cas, les images familières d’un sanatorium au Danemark restaient gravées dans son esprit: les draps de lin d’un blanc immaculé séchant au vent sec de l’été, la rangée de patients qu’on avait installés sur la grande véranda en arc de cercle, certains dans un état grave, les tables d’instruments des médecins, les longues seringues utilisées pour les insufflations, la douleur aiguë au côté lorsque le praticien vous les enfonçait dans la cage thoracique. »

Marion et sa solitude rendent soudain l’histoire plus humaine, et on comprend mieux le caractère de ce personnage, pour le moins complexe. Bon : comme d’habitude, tout ça ne prête pas trop à rire…Mais quand même un poil d’humour, comme ça :

« Les quelques météorologues du Bureau islandais chargés de présenter le bulletin quotidien à la télévision étaient désormais des visages connus. Ces quadragénaires ne brillaient pas par leur sens de l’humour, du reste le climat islandais ne prêtait pas franchement à rire. »

Quant à moi, je suis et reste admirative du talent de cet écrivain, je ne me lasse pas de son écriture, de la richesse des thèmes qu’il est capable d’évoquer, et à chaque livre j’attends le prochain, curieuse de ce qu’il va faire. La série des enquêtes d’Erlendur a pris des chemins de traverse sur trois épisodes, la fin de ce livre-ci le fait apparaître, jeune et en tenue, sur les 23 lignes finales…Alors ? Que nous réserve notre Arnaldur ? Il faudra attendre pour le savoir…

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10 réflexions au sujet de « « Le duel » de Arnaldur Indridason, Métailié Noir, traduit par Eric Boury »

  1. Je suis, moi aussi, un inconditionnel d’Indridason. Je viens d’ailleurs, d’écrire une chronique sur « Le Duel » où je partage entièrement ton avis.
    Merci pour ton blogue très intéressant !

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    • Ah! J’aime ! Tu es un peu comme moi, pas dans la demi-mesure ! Il y a des auteurs comme ça, c’est inconditionnel. Il écrit tellement bien, ce type ! Je les ai tous lus, pas un que j’ai fermé déçue. J’y trouve toujours quelque chose. Celui-ci est intéressant : t’es tu posé la question du sexe de Marion ? Pour moi c’était une femme, ça me semble évident, et le commentateur précédent, Richard, en parle comme d’un homme…Moi je l’ai toujours snetie femme, et en plus, là , Katrin lui dit qu’elles risquent de faire jaser ( au moment du baiser ). Curieuse d’avoir ton avis

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      • Moi aussi, j’avais toujours considéré que c’était une femme, mais beaucoup de lecteurs ont été surpris. Oui oui, Marion est une femme !

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  2. Bonsior lectrice en campagne, comme Richard et toi et d’autres, j’ai beaucoup apprécié ce roman lu quand il a paru. J’ai suivi cette enquête en demi-teinte avec intérêt. Le personnage de Marion Briem est intéressant. Et malheureusement, on sait qu’elle meurt dans un des romans avec Erlendur. Je conseille tout particulièrement Hypothermie et surtout Etranges rivages (pour ceux qui ne connaissent pas). Bonne fin d’après-midi.

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    • Merci de ce com ! Je les ai tous lus, j’aime énormément cet écrivain, un très grand pour moi, que j’ai eu le plaisir de croiser aux Quais du polar à Lyon il y a deux ans. Personnellement j’aime bien le procédé qui consiste à consacrer un roman à chaque personne de l’entourage du taciturne Erlendur, et le volet Marion est très émouvant, je trouve. Maintenant, j’attends avec impatience le prochain…A quoi s’attendre ?
      Au plaisir !

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  3. Chère Lectrice ! Je viens de lire votre article et les commentaires… Marion, est-ce un homme ou une femme ? J’ai une idée sur la question, mais je ne suis pas sûr que l’auteur soit d’accord avec moi ! Eric Boury

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    • Ah ! Contente de cette réponse, même si elle ne m’éclaire pas beaucoup ! Vous savez que c’est un grand débat parmi les ardents lecteurs d’Indridason ?
      Pour moi, Marion est une femme, j’ai fait ma liste d’indices, mais d’autres en ont fait une qui ne va pas dans le même sens…alors je continue avec mon idée d’une Marion !
      Bonne journée !

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