Sur les traces d’un traducteur, Patrick Guelpa, et de son travail avec « Betty » d’Indridason

stone-figure-10541_640 Ces deux derniers jours, j’ai échangé par mail avec ce traducteur dont j’ai admiré le travail sur ce livre assez particulier dans sa construction. Il a très gentiment accepté de m’écrire quelques mots à propos de cette traduction. Hélas, mille fois hélas, j’ai dû couper le chapitre le plus intéressant, celui où il parle du casse-tête qu’a été le passage de l’islandais au français, périlleux pour ne rien trahir de l’intrigue. Et comme certains d’entre vous ne l’ont pas encore lu …

Alors voici les mots de Mr Guelpa, tels quels:

« J’en reviens à notre sujet :

Comment en suis-je venu à traduire Bettý ? Tout d’abord, en novembre ou décembre 2005, l’Ambassadeur d’Islande à Paris, M. Tómas Ingi OLRICH (fin lettré et excellent connaisseur de la France. Il a étudié à Grenoble), m’avait prêté ce livre. Je l’avais lu ensuite, et l’avais reposé. Puis, l’ayant rendu, j’ai acheté un exemplaire en le faisant venir d’Islande. J’ai eu beaucoup de plaisir à le relire et l’idée m’est venue de le traduire. Pour cela, j’ai écrit à Arnaldur Indriðason par l’intermédiaire de son éditeur ( Je n’ai jamais rencontré Arnaldur. Vous voyez : vous avez une bonne longueur d’avance sur moi ! J’aurais eu l’occasion à Francfort pour la foire du livre en 2011, mais j’ai eu des scrupules à abandonner mes cours à l’université. Idem pour les Boréales de Caen où il a été récompensé pour Bettý… Je l’ai raté aussi à Lyon ! Décidément, il faudra que je retourne en Islande pour le voir… Je suis un peu idiot, sans doute, mais je ne voulais pas délaisser mes étudiants et mes cours). Il m’a répondu qu’il était ravi et que je n’avais qu’à demander à l’éditeur français, Madame Anne-Marie Métailié. Ce que j’ai fait ; mais avant, comme je savais qu’Éric BOURY (professeur d’anglais, qui a vingt ans de moins que moi et dont j’admire l’immense talent de traducteur. Il a passé deux ans en Islande et parle parfaitement l’islandais. Ses traductions sont impeccables et élégantes. J’étudie cette langue depuis plus de quarante ans et je crois que dans 400 ans, mon islandais sera à peu près acceptable, comme le gazon du Breton dans « Astérix chez les Bretons »), Eric BOURY,  donc,  était le traducteur attitré des romans où intervient Erlendur, je ne voulais surtout pas « marcher sur ses plates-bandes », comme on dit. Très gentiment, il m’a donné le feu vert en me recommandant auprès d’Anne-Marie. Laquelle lui a déclaré, après que je lui ai envoyé un résumé et quelques pages de ma traduction : « Pour ton petit (!) protégé, c’est bon ! ». Par internet d’abord et au téléphone ensuite, Éric et moi sommes devenus amis et nous aimons échanger nos impressions sur pas mal de choses (sur les traductions, sur les romans, les auteurs, mais aussi sur d’autres sujets : la famille, les enfants, l’enseignement, les langues scandinaves, l’allemand, l’anglais, etc…). C’est quelqu’un de charmant et que j’estime beaucoup. Je suis très heureux de l’avoir pour ami.

Éric a tout de suite été d’accord pour que nous nous partagions le travail : lui s’occupe des romans avec Erlendur, et moi des autres. Et ça me convient parfaitement… Normalement, si tout va bien, Madame Métailié m’a dit que ma traduction du « Livre du Roi » (un roman où l’amitié entre un jeune étudiant en philologie nordique et un vieux professeur spécialiste des manuscrits médiévaux leur fait entreprendre nombre d’aventures au Danemark, en Norvège, Allemagne de l’Est et aux Pays-Bas à la recherche du précieux Codex Regius des poèmes de l’Edda dans les années soixante du siècle dernier, affrontant de redoutables néo-nazis qui cherchent à s’emparer de ce trésor islandais.) paraîtrait en septembre (je l’ai rendue il y a un an, mais je comprends tout à fait que les romans avec Erlendur aient priorité. Les lecteurs attendent, c’est normal).

Attendons… age-16841_640

Les éditions du SEUIL m’ont proposé l’an dernier de traduire Flateyjargáta (« L’énigme de Flatey », parue le 7 février 2013. Très bon livre ! Une intrigue policière doublée d’une énigme médiévale concernant les anciennes sagas. L’auteur, Viktor Arnar Ingólfsson a été agréablement surpris de ce que je connaisse assez bien l’île de Flatey… par internet ! où il a passé ses premières années chez ses grands –  parents, à qui il dédie son livre. Très sympathique ! Le français est la 9e langue dans laquelle est traduit son roman. Je désire en traduire d’autres, ainsi que je l’ai signifié à la responsable du SEUIL).

Voici la « note » que j’avais envoyée à Madame Métailié au sujet du livre :

 

« Note sur le roman Bettý, d’Arnaldur Indriðason

betty

 

 

Betty est un roman policier du « maître du polar islandais », Arnaldur Indriðason

(francisé en Indridason. 6 romans sont déjà parus aux éditions Métailié dans la magistrale traduction française d’Éric BOURY. Ils ont pour héros l’inspecteur Erlendur Sveinsson ) paru en 2004 à Reykjavík aux éditions Vaka-Helgafell. C’est l’un des préférés de l’auteur et il doit beaucoup au style de James Mac Cain (The Postman always rings twice, roman de 1934 = « Le facteur sonne toujours deux fois », film de 1981), auteur de romans noirs américains qui mettent au centre une « femme fatale ». Dans ce roman noir islandais, le personnage habituel de l’inspecteur Erlendur n’apparaît pas (on n’y fait qu’une très brève allusion).

 Je suis toujours très ému par les personnages d’Arnaldur quand ils souffrent : Erlendur, avec sa vie en morceaux et sa tendresse pour sa fille « paumée », qui sait malgré tout revenir un peu vers son père, mais aussi par les autres personnages qui endurent tourments physiques et tortures morales.

 Le livre est écrit à la première personne, le sujet parlant est un juriste qui se retrouve en prison sans savoir pourquoi et qui est amoureux d’une femme aussi belle que mystérieuse. Le lecteur souffre pour le narrateur,  se sent en empathie avec lui,  qui cherche à découvrir la vérité. L’affreuse machination dont il est victime se dévoile finalement et le drame navrant de ce personnage, au-delà de l’émotion poignante qu’on peut ressentir, laisse en nous un arrière-goût d’amertume mêlé d’une grande tendresse pour celui dont le cœur, envers et contre tout, ne veut et ne sait parler qu’une langue : celle de l’amour. »

Merci pour ces explications éclairantes sur votre travail.

 

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