« D’acier » de Silvia Avallone ( éd.Liana Levi )- traduction Françoise Brun

                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                            Voici un Voici un livre qui laisse KO, avec une boule au creux du ventre, et des larmes aux yeux…Pour  peu qu’on soit sensible à notre monde. Il a été écrit par Silvia Avallone à l’âge de 25ans; une telle conscience, une telle maturité sont à  mon avis très prometteurs pour les livres à venir                                                                                                                                                                                                                                                                     

Piombino, port et cité industrielle où règnent les aciéries Lucchini, sur la côte tyrrhénienne, en Toscane, 2002. Anna et Francesca, la brune et la blonde, ont 13 ans et se sont juré amitié éternelle. Plus que deux amies, deux soeurs de coeur. Cela aide à vivre, dans la Via Stalingrado, dans cette cité de béton où les ouvriers ont droit à la vue sur la mer et à la plage en bas de l’immeuble. A travers ces deux gamines délurées et leurs familles, Silvia Avallone nous livre le portrait de notre société, atteinte par la crise et la misère, par l’énorme problème du travail et de sa délocalisation. Vision des années Berlusconi. Les femmes, ici, sont comme sacrifiées,  sous l’emprise d’un mari soit jaloux et violent, soit  paresseux et irresponsable, elles sont courageuses ou résignées…Anna et Francesca, quant à elles, dans leurs rêves adolescents, s’imaginent une autre vie que celle-ci, entre maris, pères, frères et aciérie…

Ce livre est bouleversant car nous avons tous eu 13, 14 ans, et de ces rêves de fuite vers « ailleurs » et vers « autrement ». Poignant par le tableau de l’enfer de ces aciéries où l’on met sa vie en danger sans cesse, et où travailler semble être le destin de chaque garçon . En face, l’île d’Elbe, comme une sentinelle, et qui, bien que si proche, semble  aux habitants de la cité, si lointaine, amicale ou menaçante: car ils n’y sont, pour beaucoup, jamais allés.

Effrayant, par cette jeunesse qui pour tenir le coup, et pour oublier son quotidien, s’adonne à la cocaïne.

Emouvant par la grâce de ces deux jeunes filles, à qui leurs 13 ans laissent encore des jeux et des rires, malgré un quotidien familial lourd à supporter. Elles mûrissent trop tôt, mais en apparence. Au fond d’elles, elles sont encore des fillettes .

Je crois que mettre autant de choses importantes en un roman est une prouesse, et tout ça sans lourdeur de style, sans chercher non plus à nous apitoyer. Car les personnages, tous, à un moment ou à un autre, se présentent sous un mauvais jour, il n’y a pas vraiment de bons et de méchants, il y a une peinture très réaliste de ce qu’est le monde humain, je pense. Et ça fait la force de ce très beau et bon livre. Un texte qui reste en soi longtemps. Bien que l’ayant terminé, je l’ai encore à l’esprit, et Anna et Francesca marchent encore devant mes yeux, bras dessus, bras dessous, pour aller à la plage embêter les garçons…

Une vidéo d’Avril 2012 à la Tour Eiffel, avec une des plus belles chansons écrites ces dernières années sur le travail dans les hauts-fourneaux ( peut-être même la seule…), par Bernard Lavilliers en soutien aux ouvriers lorrains montés à Paris.

Publicités

8 réflexions au sujet de « « D’acier » de Silvia Avallone ( éd.Liana Levi )- traduction Françoise Brun »

  1. Je partage vraiment votre enthousiasme pour ce livre. D’une part pour la maitrise de la narration et aussi la maturité pour un auteur si jeune. Cette capacité a restituer le quotidien de ces adolescentes, leurs doutes, leurs rêves et le regard libidineux des adultes, le tout dans le contexte social actuel est particulièrement réussie. De manière générale, je trouve qu’un vent nouveau souffle sur la littérature italienne avec notamment des auteurs comme Milena Agus, Alessandro Pipperno (Persécution, a été pour moi une des plus belles lectures, l’année dernière ). Ces trois auteurs sont d’ailleurs chez Liana Lévi, un éditeur que j’affectionne tout particulièrement et dont je scrute chaque parution (aussi pour les éditions Gallmeister d’ailleurs). Quand j’ai fini d’Acier, j’ai vraiment eu du mal a passer à autre chose, tout comme la récente lecture du « Sillage de l’oubli de Bruce Marchart …

    J'aime

  2. Je crois que ce livre ( en tous cas parmi les lecteurs de notre bibliothèque ) laisse en effet une impression très puissante. Et oui, on le garde en soi longtemps. J’adore Milena Agus ( je pense que j’ai lu tous ses livres ), c’est aussi une voix extrêmement forte et originale. Je note soigneusement les autres auteurs dont vous parlez, que je ne connais que de nom. C’est vrai que quand nous faisons des achats, hors les livres que nous avons réservé, nous allons vers des éditions qui ont apporté du neuf, comme Liana Lévi, Gallmeister, ou aussi Sabine Wespieser.
    Autre italienne que j’avais beaucoup aimée, c’est Milena Magnani pour « Le cirque chaviré », un sujet aussi d’actualité, un pauvre cirque de roms échoué en Italie…Très beau et poétique.
    En tous cas, merci de ce commentaire constructif !

    J'aime

  3. Ping : « L’amie prodigieuse  – Elena Ferrante – Folio, traduit par Elsa Damien | «La livrophage

commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s